
Le général Mamadi Doumbouya effectuera dans quelques heures une visite en République de Côte d’Ivoire. Il sera reçu ce mardi 17 juin 2025 avec tous les honneurs par son homologue Ivoirien Alassane Ouattara. L’annonce de la visite qui se préparait minutieusement depuis plusieurs mois, selon plusieurs sources, a été faite par la présidence guinéenne. Une visite qui pose tant d’interrogations surtout avec la nouvelle reconfiguration géopolitique ouest-africaine avec d’un côté, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et de l’autre, la confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Doumbouya se rend à Abidjan dans le cadre du « renforcement des liens fraternels et de la coopération entre nations africaines souveraines et solidaires pour le bien-être des populations », a annoncé la présidence guinéenne.
Elle ajoute que la visite est « placée sous le sceau de l’unité, de la paix et du panafricanisme en action ».
Le Président guinéen se rend dans la capitale économique ivoirienne pour la première fois depuis son putsch de septembre 2021 ayant renversé le Président d’alors, Alpha Condé, contraint depuis lors à l’exil où d’ailleurs il continue de mener la résistance. Si la visite du général Doumbouya est vue comme un renforcement des liens de coopération au plan bilatéral, beaucoup y voient d’un mauvais œil ce rapprochement soudain. En effet , au plan multilatéral, les deux pays appartiennent à l’organisation sous-régionale la Cedeao, décriée par les trois pays du Sahel estimant son instrumentalisation par l’Occident notamment l’ex puissance coloniale.
Justement, dans l’annonce de la visite de Doumbouya par la présidence guinéenne, les termes de souveraineté, d’indépendance et de panafricanisme ressortent. Termes chers aux pays de l’AES, engagés pour leur souveraineté pleine et entière. Doumbouya rend visite à un chef d’État qualifié par des voix dans les pays du Sahel comme un « esclave de salon » qui ne s’est toujours pas assumé ni ne s’est encore détaché des chaînes coloniales. Un chef d’Etat qui, disons-le, a affiché une aversion pour les coups d’État militaires en se montrant hostile à ceux intervenus dans les trois États. Mieux, Ouattara et ses pairs de la Cedeao étaient prêts à dégager les militaires ayant mis fin au régime de Bazoum en juillet 2023.
Par quel truchement donc le même Ouattara peut accepter – même s’il avait reçu le tombeur de Roch Kaboré le lieutenant-colonel Paul-Henri Damiba dans son treillis en début septembre 2022 – recevoir un putschiste ? C’est clair. Les contextes ont changé et nul ne peut ignorer cela. L’AES n’existait pas et les trois pays étaient encore membres de la Cedeao. Ou doit-on comprendre qu’il y a de bons putschistes et de mauvais putschistes tant que cela arrange un camp ou l’autre ?
En tout cas, beaucoup dans l’AES ne pardonneront pas à Doumbouya cette visite chez Ouattara surtout quand on sait que plusieurs appels avaient été lancés demandant l’intégration de la Guinée dans l’AES.
Le Président Doumbouya sait bien que la visite d’Abidjan est une étape cruciale et marquera sérieusement ses distances avec ses « frères militaires » à la tête des trois pays du Sahel ! Doumbouya, Akwaba à Abidjan. Il ne reste que cela à lui souhaiter !
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