[Entretien] – « C’est une fierté pour moi d’être Burkinabè », (Sébastien Bazemo, styliste)

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Créateur de mode burkinabè de renommée internationale habillant des stars de la musique, du cinéma, des chefs d’État et hautes personnalités, le styliste Sébastien Bazemo, 46 ans, revient sur son parcours, sa vision de la mode et la 13ᵉ édition de Folies de Mode, un événement qu’il a fondé pour valoriser les talents africains et célébrer le textile local. Entretien exclusif accordé à Burkina Yawana.

Burkina Yawana : Qui est réellement Sébastien Bazemo derrière le styliste de renommée internationale ?

Sébastien Bazemo : Je suis né et j’ai grandi en Côte d’Ivoire, d’origine burkinabè. C’est depuis 2004 que je suis rentré au Burkina Faso pour exercer ce métier de créateur de mode.

Comment avez-vous fait vos premiers pas dans l’univers de la mode et fondé votre maison de mode ?

Sébastien Bazemo: Cette passion est née depuis mon enfance. À l’école déjà, je rêvais d’être créateur de mode. À 13 ans, j’étais déjà entrepreneur: j’organisais des activités dans mon quartier, et tout est parti de là. Je ne viens pas d’une famille aisée, mais d’une famille courageuse qui se bat pour s’en sortir.

Quelle place occupe votre identité burkinabè et vos influences culturelles dans votre démarche créative ?

Sébastien Bazemo: Une grande place ! C’est une immense fierté pour moi d’être Burkinabè et de représenter mon pays à l’international. Depuis 2004, j’ai eu la chance de voyager souvent pour porter haut les couleurs du Burkina Faso.

Sébastien Bazemo reçu en audience par le ministre de la Culture Gilbert Ouédraogo. DR/ ministère de la Culture

Vous avez popularisé le Koko Dunda. Qu’est-ce qui vous a inspiré à valoriser ce textile traditionnel ?

Sébastien Bazemo: Être créateur, c’est être inventeur pour sa génération. Pour moi, il ne s’agit pas de travailler uniquement avec des produits venus d’ailleurs, mais de redonner vie à nos héritages. J’ai voulu remettre au goût du jour un tissu ancestral : le Koko Dunda. Autrefois réservé à une population dite « pauvre », il est aujourd’hui porté par tous. Le rôle du styliste, c’est justement de donner le goût et la valeur à ce qui vient de chez nous.

Comment parvenez-vous à allier tradition africaine et modernité dans vos créations ?

Sébastien Bazemo: La jeunesse pense souvent que ce qui vient d’ailleurs est mieux. Nous, nous travaillons avec nos tissus locaux, que nous modernisons pour séduire cette jeunesse et l’amener à redécouvrir ses racines. Le Koko Dunda, par exemple, est revisité selon les tendances du moment.

Quelle est la signification du nom de votre dernière collection, Mathi, et quelles valeurs souhaitez-vous transmettre ?

Sébastien Bazemo: Mathi est un hommage à mon égérie, un top model burkinabè qui a beaucoup contribué à l’essor du mannequinat dans notre pays et en Afrique. Elle a toujours été à mes côtés et a porté haut nos couleurs. Cette collection est une manière de lui dire merci et de saluer son parcours. Pour cette 13ᵉ édition, elle a d’ailleurs souhaité céder sa place à la nouvelle génération.

Pouvez-vous nous donner un aperçu de la collection que vous présenterez lors de Folies de Mode 13 ?

Sébastien Bazemo: Cette édition aura pour thème « Mode et Cinéma ». C’est un clin d’œil au septième art et à ceux qui en sont les acteurs. La mode et le cinéma marchent ensemble : l’un inspire l’autre, et vice versa.

Comment est née l’aventure Folies de Mode ?

Sébastien Bazemo: L’aventure est née en 2007, à mon retour du Cameroun, où j’avais représenté le Burkina et remporté le premier prix. J’ai voulu créer un événement qui réunisse les acteurs de la mode pour échanger et avancer ensemble. Contrairement aux défilés du FESPACO ou du SIAO, Folies de Mode est un véritable espace de réflexion et de valorisation du secteur.

Qu’est-ce qui rend la 13ᵉ édition spéciale, notamment avec le thème « Soirée en blanc »?

Sébastien Bazemo: Ce thème traduit le bon vivre et la paix qui règnent au Burkina Faso malgré les difficultés. C’est une façon de dire au monde que notre pays reste debout, uni et serein.

Pourquoi avoir choisi de mêler mode et cinéma dans cet événement ?

Sébastien Bazemo: Mode et cinéma sont indissociables. Le cinéma, c’est aussi du costume, de la mise en scène, de l’art. Et la mode, c’est la même chose: une expression artistique. Ces deux mondes se complètent.

Quelle importance accordez-vous au travail de la régie, des coulisses et de votre équipe ?

Sébastien Bazemo: Une importance capitale ! Derrière Folies de Mode, il y a une équipe formidable qui travaille dans l’ombre. Je ne pourrais pas citer tout le monde, mais ce sont eux qui font le succès de l’événement. Moi, je ne fais que diriger.

Quels sont les plus grands défis que vous rencontrez dans l’organisation d’un défilé de cette ampleur ?

Sébastien Bazemo: Le principal défi, c’est toujours le financement. Nous avons de grandes ambitions, mais les moyens ne suivent pas toujours. Il faut parfois réduire nos rêves à cause du budget. Si chacun pouvait soutenir à travers l’achat de tickets ou le sponsoring, nous pourrions encore mieux valoriser la mode burkinabè et africaine.

Comment accompagnez-vous les jeunes talents et mannequins dans leur formation ?

Sébastien Bazemo: Le jeudi 6 novembre, nous organiserons un panel au CENASA pour parler du métier de la mode. Ce sera une masterclass où des professionnels viendront partager leurs expériences avec les jeunes talents et amateurs.

Le Burkina traverse des moments difficiles. Organiser un tel événement, est-ce une forme de résilience ?

Sébastien Bazemo: Absolument. C’est notre manière de contribuer à l’effort de paix. Nous ne devons pas baisser les bras. Comme le dit le Président, il faut qu’on s’unisse pour bâtir le pays. D’ailleurs, plusieurs créateurs de mode ont apporté leur soutien à Faso Mêbo avant l’événement.

Quel message souhaitez-vous transmettre à la jeunesse burkinabè et que peut-on souhaiter à Folies de Mode pour l’avenir ?

‎Sébastien Bazemo: J’invite la jeunesse à se soutenir mutuellement. Folies de Mode n’appartient pas à un individu, mais à tous. C’est une plateforme pour valoriser le tissu burkinabè et le savoir-faire africain. L’Afrique doit montrer que ce qui est beau vient d’ici.

Votre mot de fin ?

Sébastien Bazemo: Merci au journal Burkina Yawana pour la visibilité. J’invite tout le monde du 6 au 8 novembre à vivre la 13ᵉ édition de Folies de Mode :

Programme Folies de mode 2025

Jeudi 6 novembre : panel au CENASA à 9h

Vendredi 7 novembre : défilé à Easy Auto à 19h

Samedi 8 novembre: soirée tout en blanc à la Baguette du Faso (près du monument des Héros nationaux).

Entretien réalisé par André Yameogo, stagiaire


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2 réponses à « [Entretien] – « C’est une fierté pour moi d’être Burkinabè », (Sébastien Bazemo, styliste) »

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    « C’est une fierté pour moi d’être Burkinabè », (Sébastien Bazemo, styliste)
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    Burkina Yawana

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    6 novembre 2025

    Créateur de mode burkinabè de renommée internationale habillant des stars de la musique, du cinéma, des chefs d’État et hautes personnalités, le styliste Sébastien Bazemo, 46 ans, revient sur son parcours, sa vision de la mode et la 13ᵉ édition de Folies de Mode, un événement qu’il a fondé pour valoriser les talents africains et célébrer le textile local. Entretien exclusif accordé à Burkina Yawana.

    Burkina Yawana : Qui est réellement Sébastien Bazemo derrière le styliste de renommée internationale ?

    Sébastien Bazemo : Je suis né et j’ai grandi en Côte d’Ivoire, d’origine burkinabè. C’est depuis 2004 que je suis rentré au Burkina Faso pour exercer ce métier de créateur de mode.

    Comment avez-vous fait vos premiers pas dans l’univers de la mode et fondé votre maison de mode ?

    Sébastien Bazemo: Cette passion est née depuis mon enfance. À l’école déjà, je rêvais d’être créateur de mode. À 13 ans, j’étais déjà entrepreneur: j’organisais des activités dans mon quartier, et tout est parti de là. Je ne viens pas d’une famille aisée, mais d’une famille courageuse qui se bat pour s’en sortir.

    Quelle place occupe votre identité burkinabè et vos influences culturelles dans votre démarche créative ?

    Sébastien Bazemo: Une grande place ! C’est une immense fierté pour moi d’être Burkinabè et de représenter mon pays à l’international. Depuis 2004, j’ai eu la chance de voyager souvent pour porter haut les couleurs du Burkina Faso.

    Sébastien Bazemo reçu en audience par le ministre de la Culture Gilbert Ouédraogo. DR/ ministère de la Culture
    Vous avez popularisé le Koko Dunda. Qu’est-ce qui vous a inspiré à valoriser ce textile traditionnel ?

    Sébastien Bazemo: Être créateur, c’est être inventeur pour sa génération. Pour moi, il ne s’agit pas de travailler uniquement avec des produits venus d’ailleurs, mais de redonner vie à nos héritages. J’ai voulu remettre au goût du jour un tissu ancestral : le Koko Dunda. Autrefois réservé à une population dite « pauvre », il est aujourd’hui porté par tous. Le rôle du styliste, c’est justement de donner le goût et la valeur à ce qui vient de chez nous.

    Comment parvenez-vous à allier tradition africaine et modernité dans vos créations ?

    Sébastien Bazemo: La jeunesse pense souvent que ce qui vient d’ailleurs est mieux. Nous, nous travaillons avec nos tissus locaux, que nous modernisons pour séduire cette jeunesse et l’amener à redécouvrir ses racines. Le Koko Dunda, par exemple, est revisité selon les tendances du moment.

    Quelle est la signification du nom de votre dernière collection, Mathi, et quelles valeurs souhaitez-vous transmettre ?

    Sébastien Bazemo: Mathi est un hommage à mon égérie, un top model burkinabè qui a beaucoup contribué à l’essor du mannequinat dans notre pays et en Afrique. Elle a toujours été à mes côtés et a porté haut nos couleurs. Cette collection est une manière de lui dire merci et de saluer son parcours. Pour cette 13ᵉ édition, elle a d’ailleurs souhaité céder sa place à la nouvelle génération.

    Pouvez-vous nous donner un aperçu de la collection que vous présenterez lors de Folies de Mode 13 ?

    Sébastien Bazemo: Cette édition aura pour thème « Mode et Cinéma ». C’est un clin d’œil au septième art et à ceux qui en sont les acteurs. La mode et le cinéma marchent ensemble : l’un inspire l’autre, et vice versa.

    Comment est née l’aventure Folies de Mode ?

    Sébastien Bazemo: L’aventure est née en 2007, à mon retour du Cameroun, où j’avais représenté le Burkina et remporté le premier prix. J’ai voulu créer un événement qui réunisse les acteurs de la mode pour échanger et avancer ensemble. Contrairement aux défilés du FESPACO ou du SIAO, Folies de Mode est un véritable espace de réflexion et de valorisation du secteur.

    Qu’est-ce qui rend la 13ᵉ édition spéciale, notamment avec le thème « Soirée en blanc »?

    Sébastien Bazemo: Ce thème traduit le bon vivre et la paix qui règnent au Burkina Faso malgré les difficultés. C’est une façon de dire au monde que notre pays reste debout, uni et serein.

    Pourquoi avoir choisi de mêler mode et cinéma dans cet événement ?

    Sébastien Bazemo: Mode et cinéma sont indissociables. Le cinéma, c’est aussi du costume, de la mise en scène, de l’art. Et la mode, c’est la même chose: une expression artistique. Ces deux mondes se complètent.

    Quelle importance accordez-vous au travail de la régie, des coulisses et de votre équipe ?

    Sébastien Bazemo: Une importance capitale ! Derrière Folies de Mode, il y a une équipe formidable qui travaille dans l’ombre. Je ne pourrais pas citer tout le monde, mais ce sont eux qui font le succès de l’événement. Moi, je ne fais que diriger.

    Quels sont les plus grands défis que vous rencontrez dans l’organisation d’un défilé de cette ampleur ?

    Sébastien Bazemo: Le principal défi, c’est toujours le financement. Nous avons de grandes ambitions, mais les moyens ne suivent pas toujours. Il faut parfois réduire nos rêves à cause du budget. Si chacun pouvait soutenir à travers l’achat de tickets ou le sponsoring, nous pourrions encore mieux valoriser la mode burkinabè et africaine.

    Comment accompagnez-vous les jeunes talents et mannequins dans leur formation ?

    Sébastien Bazemo: Le jeudi 6 novembre, nous organiserons un panel au CENASA pour parler du métier de la mode. Ce sera une masterclass où des professionnels viendront partager leurs expériences avec les jeunes talents et amateurs.

    Le Burkina traverse des moments difficiles. Organiser un tel événement, est-ce une forme de résilience ?

    Sébastien Bazemo: Absolument. C’est notre manière de contribuer à l’effort de paix. Nous ne devons pas baisser les bras. Comme le dit le Président, il faut qu’on s’unisse pour bâtir le pays. D’ailleurs, plusieurs créateurs de mode ont apporté leur soutien à Faso Mêbo avant l’événement.

    Quel message souhaitez-vous transmettre à la jeunesse burkinabè et que peut-on souhaiter à Folies de Mode pour l’avenir ?

    ‎Sébastien Bazemo: J’invite la jeunesse à se soutenir mutuellement. Folies de Mode n’appartient pas à un individu, mais à tous. C’est une plateforme pour valoriser le tissu burkinabè et le savoir-faire africain. L’Afrique doit montrer que ce qui est beau vient d’ici.

    Votre mot de fin ?

    Sébastien Bazemo: Merci au journal Burkina Yawana pour la visibilité. J’invite tout le monde du 6 au 8 novembre à vivre la 13ᵉ édition de Folies de Mode :

    Programme Folies de mode 2025

    Jeudi 6 novembre : panel au CENASA à 9h

    Vendredi 7 novembre : défilé à Easy Auto à 19h

    Samedi 8 novembre: soirée tout en blanc à la Baguette du Faso (près du monument des Héros nationaux).

    Entretien réalisé par André Yameogo, stagiaire

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    Une réponse à « « C’est une fierté pour moi d’être Burkinabè », (Sébastien Bazemo, styliste) »

    A-M Mellet
    6 novembre 2025
    Bravo pour tous ces messages d’encouragement pour aider le Burkina à retrouver sa grandeur grâce à ce défilé qui promet d’être de très haut niveau !! Sébastien Bazemo aime son pays à n’en point douter puisqu’il utilise si bien ses dons pour le faire

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  2. Avatar de A-M Mellet
    A-M Mellet

    Bravo pour tous ces messages d’encouragement pour aider le Burkina à retrouver sa grandeur grâce à ce défilé qui promet d’être de très haut niveau !! Sébastien Bazemo aime son pays à n’en point douter puisqu’il utilise si bien ses dons pour le faire rayonner !!

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