À l’occasion de ses 25 ans de carrière, la styliste burkinabè Korotimi Dao, mieux connue sous le nom de Koro DK Style, revient sur un parcours marqué par la passion, l’engagement culturel et la transmission.
Rencontrée le mercredi 26 novembre 2025 à Ouagadougou par une équipe de Burkina Yawana, elle partage avec franchise son histoire, ses défis, sa vision de la mode burkinabè et les ambitions qui portent la célébration prévue ce vendredi 28 novembre 2025 à l’Azalaï Hôtel.
Burkina Yawana : Vous célébrez vos 25 ans de carrière le 28 novembre. Quel sentiment vous traverse aujourd’hui ?
Koro DK Style : Un profond sentiment de fierté. Voir que ma carrière vivifie et inspire la population burkinabè me rend très heureuse.
Burkina Yawana : Qu’est-ce qui vous a conduite vers le stylisme et qu’est-ce qui vous a permis de tenir 25 ans ?

Koro DK Style : Le stylisme ne m’est pas venu par nécessité, mais naturellement. Mon père était couturier. J’ai grandi à ses côtés, et lorsqu’il a offert une machine à coudre à ma mère, sans le savoir, il m’a transmis la fibre de la couture. Plus tard, en Arabie Saoudite, tout s’est concrétisé. C’est là que l’aventure a réellement commencé.
Burkina Yawana : Pour quelqu’un qui découvre votre univers, comment définiriez-vous la marque « Koro DK Style » ?
Koro DK Style : C’est une marque simple, accessible à tous, hommes comme femmes. Elle se distingue par sa broderie, sa signature, et bien sûr le petit « DK » qui identifie notre maison.
Burkina Yawana :Quels ont été vos défis majeurs ?
Koro DK Style : Ils ont été nombreux. J’ai participé à divers défilés, réalisé de nombreux dons, apporté du sourire à des femmes et des enfants. Cela représente des défis, mais aussi des victoires, car j’ai contribué, à mon niveau, au bien-être de beaucoup.

Burkina Yawana : Comment votre style a-t-il évolué en 25 ans ?
Koro DK Style : Grâce à la diversité des matières dont nous disposons aujourd’hui. Les tissus nobles comme le Faso Danfani et le Koko Donda offrent d’immenses possibilités. Nous adaptons nos créations aux morphologies et nous avons beaucoup progressé en ce sens.
Burkina Yawana : L’artisanat burkinabè occupe une place centrale dans vos collections. Comment le valorisez-vous ?
Koro DK Style : Dans tout pays, la culture est essentielle. Sans culture, un pays n’existe pas. Le Burkina est riche, et j’ai décidé de valoriser nos matières premières, en particulier le Faso Danfani et le Koko Donda. C’est un devoir culturel et identitaire.
Burkina Yawana : Comment percevez-vous l’évolution de la mode burkinabè depuis vos débuts ?
Koro DK Style : Elle a beaucoup progressé. En 2000, il n’y avait pas cet engouement chez les jeunes créateurs. Aujourd’hui, la dynamique est positive, mais nécessite un bon encadrement.
Burkina Yawana : Quels obstacles rencontrent les jeunes créateurs ?
Koro DK Style : Beaucoup se disent « créateurs », mais ne sont pas forcément « stylistes ». Le stylisme implique le dessin. Or, certains n’ont pas cette base. Le principal obstacle est le manque de formation. Aimer la mode ne suffit pas : il faut se former. J’invite la jeunesse à acquérir les fondamentaux.

Burkina Yawana : La mode peut-elle porter la culture burkinabè à l’international ?
Koro DK Style : Absolument. La mode est un message. Nos tissus parlent. Le Faso Danfani, autrefois réservé aux rois, reines ou princesses, véhicule un langage culturel fort. Aujourd’hui, il est prisé à l’international, tout comme le Koko Donda. Lorsqu’un créateur défile à l’extérieur, il devient ambassadeur de son pays. C’est une fierté pour moi de dire : « Je suis Korotimi Dao du Burkina Faso. »
Burkina Yawana : Quel regard portez-vous sur les réseaux sociaux ?
Koro DK Style : Ils nous ont beaucoup aidés, notamment ces dix dernières années. Mais attention : tout n’y est pas beau ni pertinent. Avoir 100 000 vues ne fait pas un styliste. La base reste essentielle. Les réseaux sociaux sont un outil, pas une fin.
Burkina Yawana : Comment gérez-vous la concurrence ?
Koro DK Style : Pour moi, la mode est un vaste chantier où chacun cultive sa parcelle. Je ne fais la concurrence à personne. Entre collègues, il y a la fraternité et le respect. Avec l’expérience, je représente une grande sœur, une maman pour les jeunes.

Burkina Yawana: Une seule leçon à transmettre à la nouvelle génération ?
Koro DK Style : La formation. Toujours la formation.
Burkina Yawana : Que peut attendre le public de votre grande célébration du 28 novembre ?
Koro DK Style : Un défilé exceptionnel. Je serai accompagnée de mon frère Sébastien Bazemo, mais aussi d’une styliste malienne, d’une créatrice béninoise et d’un styliste ivoirien reconnu. Tous ont une vingtaine d’années d’expérience. La soirée sera diffusée en direct sur la RTB. Ce sera un moment unique.
Burkina Yawana : Qui êtes-vous lorsque vous rangez vos ciseaux ?
Koro DK Style : Une femme simple chez elle, qui écoute de la musique, regarde la télé, s’informe et continue de réfléchir à la valorisation de nos matières.
Burkina Yawana : Le Burkina Faso traverse une période difficile. Quel message souhaitez-vous adresser au pays ?
Koro DK Style : Un message de paix et de résilience. Nous sommes un peuple fort. Lors du défilé, un don sera fait aux enfants des VDP et FDS tombés au combat. Ils donnent leur vie pour que nous dormions en paix. Nous devons prendre soin de leurs familles. Malgré les crises, le Burkina reste debout. Un jour, la paix reviendra. Nous y croyons.
Burkina Yawana : Quel héritage souhaitez-vous laisser ?
Koro DK Style : Me consacrer davantage au prêt-à-porter et à la formation. Former la relève est essentiel. Je veux transmettre ce que j’ai reçu et encourager la spécialisation, indispensable pour une mode structurée.
Burkina Yawana : Votre mot de fin ?
Koro DK Style : Merci à la nation burkinabè. Sans elle, je ne serais pas celle que je suis. Merci à ma famille, à ma mère, et à mon père qui veille sur moi. Je suis fière de représenter le Burkina lorsqu’on m’appelle à l’extérieur. Bonne fête à nous. Bon anniversaire à tous : ce sont aussi vos 25 ans.
Interview réalisée par Abibata Kara, stagiaire

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