Le parc urbain Bangr-Weogo a accueilli, du 8 au 14 décembre 2025 à Ouagadougou, la 6ᵉ édition du marché d’art contemporain dénommé Wekré.
Cette exposition a réuni des artistes venus de plusieurs pays africains, notamment le Bénin, le Togo, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Niger, le Nigeria et le Burkina Faso.
Dans une dynamique de promotion des talents artistiques nationaux et africains, le Burkina Faso a ainsi accueilli cette nouvelle édition de Wekré, un rendez-vous désormais inscrit dans le calendrier culturel sous-régional.
Selon le promoteur de l’événement, Aboubacar Sanga, Wekré se veut avant tout un espace de vente, d’échange et de dialogue autour de l’art contemporain africain. À travers cette initiative, l’objectif est d’encourager les Burkinabè à consommer davantage les productions artistiques locales.« Notre combat est de faire en sorte que les Burkinabè et les Africains découvrent les messages contenus dans ces œuvres, des messages qui parlent de nous, de notre réalité et de la situation du continent », a-t-il expliqué. Il a ajouté que l’ambition de Wekré est de contribuer à la création d’un véritable marché local et à l’émergence d’une culture de consommation de l’art contemporain. L’événement s’inscrit également dans une ouverture à l’international.
D’après le promoteur, la première édition était exclusivement burkinabè avant de devenir internationale dès la deuxième édition, avec la participation d’artistes africains et de la diaspora.

Toutefois, a-t-il précisé, le contexte actuel a conduit à une réduction de l’ampleur de l’événement cette année. Abordant le contexte sécuritaire, Aboubacar Sanga a estimé que l’art demeure l’un des moyens les plus puissants pour transmettre des messages et déconstruire certaines perceptions. Il a illustré ses propos par l’expérience des artistes étrangers invités.
« Beaucoup arrivent avec l’idée que le Burkina Faso est entièrement en guerre. Pendant une semaine, ils vivent à Ouagadougou, circulent, découvrent la gastronomie, la convivialité et la ville. L’image qu’ils repartent raconter chez eux est différente. À travers Wekré, ce sont aussi des ambassadeurs du Burkina Faso que nous formons », a-t-il souligné.
Concernant les thématiques abordées lors de cette édition, le promoteur a indiqué que la situation sécuritaire n’a pas été un facteur déterminant dans les choix artistiques. En revanche, le contexte politique actuel, notamment la dynamique autour de l’Alliance des États du Sahel (AES), est perceptible dans certaines œuvres. Il a affirmé que plusieurs artistes expriment leur soutien aux autorités et leur volonté d’accompagner cette orientation par la réflexion et la création artistique.
« Les artistes sont des conseillers, des éclaireurs et des interpellateurs. La plupart des pays qui ont imposé leur culture et leur vision au monde l’ont fait par l’art et la culture », a-t-il rappelé.
Pour Aboubacar Sanga, si la force militaire est nécessaire pour défendre un territoire, l’art, la culture et l’éducation demeurent essentiels pour influencer durablement les esprits. « Si nous négligeons l’art et la culture, il sera difficile de réussir. Il est important de concilier toutes les forces », a-t-il conclu, réaffirmant l’engagement de Wekré dans cette vision à long terme.
Parmi les artistes exposants figure Wilfried Sanou Balla Fasa, connu sous le nom de Wilss art. L’artiste plasticien a qualifié sa participation à cette 6ᵉ édition de Wekré de source de fierté, soulignant l’opportunité d’exposer aux côtés de figures reconnues de l’art contemporain africain.
À cette occasion, Wilss art présente trois œuvres. Deux d’entre elles s’inspirent directement de l’actualité nationale et rendent hommage aux Forces de défense et de sécurité ainsi qu’aux Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) engagés sur le terrain. À travers ces créations, l’artiste dit vouloir saluer les sacrifices consentis par ces hommes et ces femmes, estimant que le conflit se joue également sur les plans médiatique et symbolique. Son travail s’inscrit par ailleurs dans une démarche environnementale. L’artiste privilégie l’utilisation de matériaux recyclés auxquels il donne une seconde vie, sans leur imposer de formes prédéfinies. À travers cette approche, il entend sensibiliser le public à diverses problématiques sociales.
L’une de ses œuvres, intitulée La balle décisive, représente un soldat en position de tir. Réalisée à partir de matières récupérées, notamment des douilles de balles, elle évoque la réalité du front et la détermination des combattants.
La deuxième œuvre, « La frappe efficace », met en scène une explosion. Elle illustre les violences liées au conflit tout en traduisant une aspiration à la résilience et à l’espoir d’un retour à la paix.
La troisième œuvre, « La fille promise », s’éloigne du thème sécuritaire pour aborder une réalité sociale. Elle raconte l’histoire d’une jeune fille donnée en mariage sans son consentement, mettant en lumière la complexité des mariages arrangés et le poids des traditions sur le bonheur individuel.
Abibata Kara, Stagiaire

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