La formule n’est ni excessive ni lyrique. Elle est littéraire, presque testamentaire. Elle dit la lente désagrégation des principes qui régulaient les relations internationales, et l’entrée dans un temps où la force, longtemps contenue par le droit et la morale proclamée, s’exerce désormais sans retenue.
L’interventionnisme, tant évité en discours, tant redouté dans les mémoires collectives, tend à devenir une règle. Non plus l’exception tragique, mais la norme stratégique.
Du Venezuela au Nigeria, de l’Europe de l’Est au Moyen-Orient, le monde bascule dans une ère où l’équilibre cède la place à la projection de puissance.
L’Ukraine : la guerre prétexte ?
La crise ukrainienne s’enlise. Et dans son enlisement, elle fabrique des idées parfois plus dangereuses que les armes. Elle a rouvert une boîte de Pandore : celle de la légitimation de l’intervention par la force. Elle devient le prétexte rêvé des thuriféraires telluriques de la Russie, affairés à préparer de nouvelles confrontations.
Mais toutes les comparaisons sont trompeuses.
La Russie, qu’on la condamne ou non, inscrit son action dans la défense territoriale et de souveraineté stratégique. Une légitimité très peu discutable. Elle parle frontières, sécurité existentielle, survie géopolitique (son rapport avec l’OTAN).
À l’inverse, nombre de puissances occidentales s’attachent à vouloir faire de même, alors que les raisons sont fondamentalement différentes : logiques d’hégémonie, d’intérêts énergétiques, économiques ou idéologiques, souvent éloignées des valeurs universelles invoquées. Ce glissement, ce deux poids, deux mesures, fissure définitivement l’ordre moral international.
Le Moyen-Orient : l’intervention permanente devenue banalité
C’est dans ce monde déjà fragilisé que s’inscrit l’interventionnisme israélien, désormais multiforme et quasi permanent.
En Syrie, en Palestine, au Liban, face à l’Iran, jusque dans les tensions indirectes impliquant le Qatar, l’usage répété de la force s’impose comme un fait accompli, rarement sanctionné, souvent justifié, presque banalisé.
Ce cas est central, car il révèle une vérité crue : quand l’intervention est jugée « juste » par certains, elle cesse d’être interrogée. Le droit devient alors sélectif. La morale devient géométrie variable. Et la souffrance des peuples, un dommage collatéral narratif.Ce précédent est observé. Il est étudié. Il est intériorisé ailleurs dans le monde.
Le Venezuela et le retour du « syndrome libyen »
L’intervention en cette fin de semaine au Venezuela agit comme un choc. Un choc qui réveille une mémoire douloureuse : le syndrome KHADAFI, le syndrome SANKARA, le syndrome SADAM, le syndromeLUMUMBA,etc.
Ce moment où une action militaire, habillée de bonnes intentions, a ouvert la voie à l’effondrement de l’État, au chaos durable, et à une instabilité régionale encore béante.
Désormais, beaucoup ne voient plus le Venezuela comme un cas isolé, mais comme un précédent exploitable.
MADURO, sera une énième victime de l’Amérique et de ses alliés. Les plus récentes, mortes ou vivantes, doivent être dans la mémoire de nos dirigeants du Sahel. « Quand les digues tombent, les appétits géopolitiques s’aiguisent. »
Afrique de l’Ouest : le retour des anciennes tentations
Le monde doit s’inscrire dans la lumière de la création, non dans l’ombre de la destruction, (…) dans la dignité des peuples, et non dans leur instrumentalisation.
Dans ce monde qui se fracture, bien des puissances peuvent vouloir s’inspirer de cette nouvelle permissivité ; bref… y voir une opportunité.
Une autorisation tacite ?
Et pour certains (suivez notre regard), la tentation est évidente : projeter à nouveau leur dévolu sur d’anciennes colonies, jugées plus vulnérables, moins fréquentables depuis un moment, et actuellement en odeur de sainteté avec certaines chancelleries jugées « hostiles. »
L’Afrique de l’Ouest, en proie à des crises sécuritaires « provoquées » et « entretenues » (Sic), devient alors un espace de projection, de correction, voire de réappropriation stratégique. C’est précisément ce scénario qu’avaient pressenti les discours souverainistes du capitaine Ibrahim Traoré et de l’AES.
Avoir raison trop tôt ; être préparés !
Quand le capitaine Ibrahim Traoré parlait de souveraineté, de force et de rupture, beaucoup y voyaient une exagération.
Aujourd’hui, ses mots trouvent une résonance nouvelle dans un monde qui confirme son intuition par les faits. Dans un monde qui s’effondre, dans une médiocrité morale devenue flagrante, les États faibles ne sont pas protégés. Ils sont convoités.
Avoir vu venir l’orage quand d’autres s’abritaient encore sous les illusions a été et demeure la force du Président Ibrahim Traoré et de l’AES.
De la morale du juste
Pourtant, tout ne peut être réduit à la force. Car un monde gouverné uniquement par l’intervention et la domination n’est pas un monde fort, c’est un monde condamné.
La vraie puissance n’est pas celle qui détruit pour imposer.Elle est celle qui crée pour durer.
Thierry Uthman

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