Mélenchon qualifiant Macron de « poulet d’élevage », analyse de spécialiste

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Ceci est une interview de Simon Kaboré, expert de l’Alliance des États du Sahel (AES), spécialiste de la politique française sur les propos de Jean-Luc Mélenchon qualifiant Macron de « poulet d’élevage »

Journaliste : M. Simon Kaboré, lors d’une conférence liée à l’Institut La Boétie qu’il co-préside, M. Mélenchon a traité le président Macron de « poulet d’élevage ». Qu’est-ce qui justifie selon vous cette appellation?

Simon K. : A mon humble avis, cette appellation a été utilisée par M. Mélenchon pour qualifier Emmanuel Macron parce qu’elle condense en deux mots une critique que beaucoup comprennent instinctivement : l’idée d’un dirigeant fabriqué par une filière, sélectionné, protégé, promu, puis présenté comme “évidence” nationale. Dans la communication politique, une image simple peut frapper plus qu’un rapport de 30 pages.

Journaliste : Dans votre lecture, Mélenchon vise Macron… ou un système plus large ?

Simon K. : Les deux. Macron est une cible symbolique, mais l’attaque vise surtout une architecture française du pouvoir : la haute administration, les grands corps, les réseaux politico-médiatiques, la sphère économique. L’image du « poulet d’élevage » suggère un produit standardisé, prêt à gouverner selon un logiciel déjà écrit.

Journaliste : Cette formule suggère alors qu’il y a un système qui produit des types de cadres ?

Simon K. : Elle critique un modèle qui privilégie souvent la conformité au cadre plutôt que la friction avec le réel. Vous pouvez être brillant et pourtant « formaté ». Quand la même matrice fabrique des décideurs, elle fabrique aussi des réflexes : centraliser, verticaliser, techniciser, « gérer » plutôt que transformer. Mélenchon caricature, mais il pointe une question : qui a accès au pouvoir, et par quels couloirs?

Journaliste : Vu depuis l’espace AES, pourquoi ce débat interne français vous intéresse ?

Simon K. : Parce que la politique française a longtemps eu un prolongement extérieur : diplomatie d’influence, dispositifs militaires, réseaux économiques, narratifs médiatiques. Quand un acteur français qualifie un président de « produit d’élevage », cela nous offre l’occasion de nous interroger : est-ce que Paris décide librement, ou selon des automatismes d’appareil ? Et quand ces automatismes concernent l’Afrique, cela nous affecte directement.

Journaliste : Donc vous voyez un lien entre « formatage » et politique africaine ?

Simon K. : Un lien potentiel, oui. Un dirigeant issu d’un même moule aura tendance à reproduire les mêmes doctrines : sécuritaire d’abord, communication d’abord, alliances « entre pairs » d’abord. Ce n’est pas propre à Macron : c’est une logique d’État. Mélenchon, avec son image, dit en substance : ce président n’est pas un accident, c’est un symptôme. Cela interpelle également les opinions africaines qui ont tendance à soutenir tel ou tel autre candidat en France, selon qu’il est anti ou pro Afrique. En réalité ils sont très souvent les produits standardisés du même système.

Journaliste : Mais la formule est violente. N’est-ce pas un appauvrissement du débat ?

Simon K. : C’est la tension permanente en politique : l’image choque, mais elle ouvre parfois une brèche. Le vrai problème, c’est quand les médias et les adversaires s’arrêtent à l’insulte et évitent le fond. Ici le fond c’est : le pouvoir est-il confisqué par une chaîne de reproduction sociale ? Les décisions sont-elles pensées pour le pays réel ou pour les équilibres de l’appareil ? En rappel, l’expression a été prononcée dans une université, l’objectif pourrait justement viser à inviter à reformer les cursus de formation.

Journaliste : D’un point de vue d’expert, que révèle la pertinence de cette expression ?

Simon K.: Une fatigue. Beaucoup de Français ont le sentiment d’être gouvernés par des gens qui parlent une langue managériale, qui vivent dans des cercles fermés, et qui viennent ensuite leur expliquer la vie « d’en bas. » L’image du « poulet d’élevage » marche parce qu’elle dit : vous n’êtes pas des nôtres, vous venez d’une serre.

Journaliste : Comment un Simon K. qualifierait-il cette critique en une phrase plus diplomatique ?

Simon K. : Je dirais : « Mélenchon accuse Macron d’incarner une élite reproduite par des circuits institutionnels, dont la vision du monde est homogène et souvent déconnectée des réalités populaires. »

Journaliste : Et votre conclusion, au-delà de la punchline ?

Simon K.: Si la France veut retrouver une parole audible, y compris en Afrique, elle devra accepter un débat de fond sur sa fabrique du pouvoir, ses réflexes d’influence, et sa capacité à écouter le monde tel qu’il change.


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