Dans ce milieu aussi largement dominé par les hommes, les sports, des femmes arrivent tant bien que mal à s’imposer.
Avec la nomination ce lundi 12 janvier 2026 de madame Annick Pikbougoum/ Zingué Ouattara comme ministre des Sports – de mémoire d’homme – cela faisait 33 ans qu’aucune femme n’a dirigé ce département au Burkina Faso. La dernière femme ministre des Sports a été Marlène Zebango. Elle a occupé ce poste entre 1991 et 1993. Avant elle, madame Rita Sawadogo – sous la Révolution en 1984 – a dirigé ce ministère. Madame Annick Pikbougoum/ Zingué Ouattara devient ainsi la troisième femme à occuper ce poste.
« La femme qu’il faut à la place qu’il faut »
Dès les premières heures de sq nomination en tant que ministre des Sports, de la Jeunesse et de l’Emploi ce 12 janvier 2026, plusieurs témoignages indiquent qu’il s’agit d’une femme d’expérience et un pur produit des Sports. Mieux, selon les informations de Burkina Yawana, elle a souvent fait partie des « shortliste » pour diriger le département des Sports. « On savait tous que cela arriverait un jour ou l’autre de ce qu’on a vu et de ce qu’on sait d’elle », ajoute à Burkina Yawana un autre proche.
Elle s’est battue ces 20 dernières années pour le développement du sport et de l’inclusion par l’activité physique notamment par son intégration pour le compte du Burkina à « Special Olympics », le programme mondial dont le but est d’intégrer les personnes ayant une déficience intellectuelle, socialement par le biais du sport. Elle est membre au Conseil de leadership africain depuis 2021 de ce programme.
Dans un portrait dressé en mai 2021 par nos confrères de Lefaso.net, depuis l’école primaire, celle qui deviendra madame Pikbougoum, Annick Zingué Ouattara s’est essayée à plusieurs disciplines : à l’athlétisme, au volley-ball, au shotokan ou au handball, discipline dans laquelle elle se fera un nom. Elle a même été capitaine de l’équipe de l’école primaire de Dédougou Centre B au volley-ball. Elle a aussi été lanceuse de poids avec un titre de championne de Côte d’Ivoire en 1995.
Lycéenne, elle découvre le handball au lycée Bafudji de Gaoua, discipline dans laquelle elle se fera un nom sur le plan scolaire (Collège Sainte Marie de Tounouma, Lycée Ouezzin Coulibaly, Lycée Philippe Zinda Kaboré) et civil (ASFB, AS SONABHY, AS SONABEL). Selon le portrait, il lui a fallu opérer un choix entre le handball et le basket où elle excellait également sous les couleurs de l’USFRAN de Bobo.
Elle explique : « Avec les études, il m’arrivait de disputer deux championnats à la fois le weekend. J’ai donc opté pour le handball. J’ai joué au plan national et international en club (USC Bassam et ROMBO HBC d’Abidjan) et avec la sélection nationale pendant plus d’une décennie. J’ai aussi été entraîneure et dirigeante responsable de club (LONAB HBC).»
La nouvelle ministre est l’une des meilleures handballeuses de l’histoire du Burkina.
Annick Pikbougoum/ Zingué Ouattara décroche un baccalauréat scientifique (D) et entame des études à la Faculté des sciences économiques et de gestion (FASEG) de l’Université de Ouagadougou. Des études qu’elle écourte aussitôt après avoir été reçue à un test organisé par la Conférence des ministres de la jeunesse et des sports de la francophonie (CONFEJES) pour le recrutement de deux professeurs d’éducation physique et sportive à former en Côte d’Ivoire. C’est ainsi qu’elle se retrouve à l’Institut national de la jeunesse et des sports (INJS) d’Abidjan qui était sous la double tutelle de l’Université de Cocody et de l’École normale supérieure (ENS). Elle en ressort avec une Licence en STAPS et un CAPEPS.
Renforcer ses capacités
Revenue au bercail avec son diplôme de professeur d’EPS et une Licence en sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS) en poche, elle officie comme professeure d’éducation physique et sportive au Collège Notre-Dame de Kologh Naaba et au Lycée technique Amilcar Cabral. Mais entre deux cours dispensés, elle trouve le temps de renforcer ses capacités en décrochant d’abord un diplôme d’entraîneur international en handball de l’Université sportive de Leipzig (RFA) puis un Master en management des organisations sportives à Lyon 1 auquel elle se prépare à ajouter un autre Master sur la pédagogie du changement social. A ce niveau, ses recherches sont axées sur la prise en charge des élèves déficients intellectuels dans les cours d’éducation physique à l’école primaire.
Son application lui permet de grimper les échelons dans l’administration publique burkinabè.
Elle est d’abord nommée directrice des sports de compétition, puis (première) directrice des sports du haut niveau au ministère en charge des Sports.
Elle occupe aussi le poste de chargée d’études au ministère des Enseignements supérieurs et de directrice adjointe en charge des affaires académiques à l’Institut des sciences du sport et du développement humain (ISSDH), anciennement Institut national de la jeunesse, de l’éducation physique et du sport (INJEPS).
Actuellement chargée d’études à l’Université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou, enseignante vacataire à l’ISSDH où elle donne des cours de management de sport et de handball, Annick Pikbougoum Zingué est aussi professeure de fitness et de yoga.
Son deuxième Master lui permet d’enseigner la prise en charge des personnes à besoins spécifiques, dont les personnes âgées et celles vivant avec un handicap.
Special Olympics
Il faut rappeler que c’est quand elle était étudiante de l’Institut des sports d’Abidjan qu’elle a entendu parler de Special Olympics pour la première fois. « Une compétition avait été organisée et des étudiants de mon institut étaient allés prêter main forte aux organisateurs comme volontaires. Quand ils sont revenus, certains m’ont fait le compte rendu et ils m’ont dit qu’il y avait même une délégation du Burkina Faso conduite par une dame. J’étais étonnée. Par la suite j’ai su qu’il s’agissait de madame Bassolet, la première directrice nationale », se remémore-t-elle.
Aussitôt rentrée au pays, elle cherche à connaître la structure : « C’était à une époque où il y avait des changements à la tête de cette structure. Par coïncidence, c’était un aîné que je connaissais bien qui en a pris les commandes et qui m’a fait appel. Il s’agit d’Alexandre Yougbaré qui venait d’être nommé comme directeur national de Special Olympics Burkina. Il a demandé à un certain nombre de jeunes enseignants d’EPS de venir l’accompagner dans sa mission. Je suis donc arrivée à Special Olympics en 1998. »
C’est comme cela qu’elle commence comme entraîneur sur deux sites, Saaba et Tanghin. Très vite elle devient entraîneur national puis directrice exécutive nationale de Special Olympics quand il a fallu apporter des changements à la structure.
En avril 2021, elle a été élue membre du Conseil de leadership africain de Special Olympics. C’est un groupe restreint de haut niveau qui travaille avec le bureau africain pour assoir les programmes de Special Olympics Afrique au niveau de tous les pays du continent. Comme les autres membres, elle a un mandat de trois ans renouvelable une fois. Au sein de ce conseil, madame Pikbougoum est la seule voix de la zone Afrique francophone.
Annick Pikbougoum/ Zingué Ouattara, la nouvelle ministre de 56 ans connaît bien là où elle met les pieds. Nul doute qu’elle fera bouger les lignes !
Burkina Yawana avec lefaso.net

Votre commentaire