Grande interview avec Salifou Ouédraogo, Président du Conseil d’Administration de SOS Sahel Burkina Faso avec une équipe de Burkina Yawana.
Quarante années d’action, d’engagement communautaire et de lutte contre la désertification : SOS Sahel Burkina Faso célèbre un parcours exceptionnel. À cette occasion, Burkina Yawana s’est entretenu longuement le 19 novembre 2025 avec Salifou Ouédraogo, Président du Conseil d’administration de SOS Sahel par ailleurs ancien ministre de l’Agriculture, des Aménagements hydro-agricoles et de la Mécanisation de janvier 2019 à décembre 2021. Il revient sur l’histoire de l’organisation, ses réalisations, ses défis actuels et les perspectives d’avenir.
Une initiative née de l’urgence sahélienne
L’origine de SOS Sahel remonte aux années 1970, à Dakar, dans un contexte marqué par une sécheresse sans précédent qui frappait la bande sahélienne. Sous l’impulsion du président-poète Léopold Sédar Senghor, soutenu par des personnalités telles que Dr Abdou Diouf, une fédération panafricaine voit le jour pour porter une réponse durable à la dégradation des sols, à la faim et à la vulnérabilité agricole. « Senghor a encouragé la mise en place de SOS Sahel tout au long de la bande sahélienne, de Dakar à Djibouti », rappelle Salifou Ouédraogo. Dans la foulée, plusieurs pays créent leur structure nationale : Burkina Faso, Niger, Soudan, Mali, Éthiopie et d’autres encore. Au Burkina Faso, SOS Sahel s’installe officiellement en 1982.
Une organisation enracinée dans les communautés
Dès son implantation, l’ONG se tourne vers les zones les plus vulnérables. Ses objectifs : renforcer la résilience, améliorer la sécurité alimentaire, soutenir les femmes et faciliter l’accès à l’eau potable. « Le besoin émane toujours des communautés elles-mêmes. Ce sont elles qui expriment leurs difficultés, et SOS Sahel analyse ensuite les solutions possibles », explique M. Ouédraogo.
Un principe clé : l’implication directe des populations dans chaque réalisisation pour garantir leur autonomie.
Quatre décennies d’impact : barrages, forages et renforcement communautaire. Le bilan est impressionnant. En quarante ans, SOS Sahel a investi plus de 400 milliards de francs CFA dans des projets sur l’ensemble du territoire.
Parmi les réalisations les plus marquantes:
-Des infrastructures hydrauliques majeures
-Une dizaine de barrages, dont Komki-Ipala, Tikaré et Djibo.
-Plus de 400 forages, offrant un accès durable à l’eau potable à des centaines de milliers de personnes.
-Des actions agricoles et sociales structurantes
-Programmes de renforcement de capacités agricoles.
-Appui aux femmes pour des activités génératrices de revenus.
-Initiatives de reboisement et modèles de lutte contre la malnutrition.
« SOS Sahel est aujourd’hui un véritable laboratoire de bonnes pratiques, au service des communautés », poursuit le PCA. L’ONG accompagne désormais près de 1,3 million de personnes, dont de nombreuses PDI (personnes déplacées internes), à travers une dizaine de projets actifs chaque année.
Un ouvrage pour célébrer et réfléchir
Le lancement du livre consacré aux quarante ans de l’organisation se veut un moment de mémoire et de reconnaissance. « Cet ouvrage rend hommage à tous ceux qui se sont sacrifiés pour permettre à SOS Sahel d’exister. C’est l’occasion de regarder ce que nous avons accompli, d’identifier les défis et de repenser nos stratégies », déclare M. Ouédraogo.
Le livre met en lumière les projets phares, les innovations agricoles, les actions de reboisement, les pôles de services, ainsi que les initiatives de lutte contre la malnutrition.
Messages de gratitude et engagement pour l’avenir
Salifou Ouédraogo tient à exprimer la gratitude de l’organisation envers l’État burkinabè, les autorités régionales, les partenaires techniques et financiers, ainsi que les communautés bénéficiaires. « Depuis quarante ans, nous cheminons ensemble. Les communautés sont au centre de tout. Elles sont devant, et nous, nous les accompagnons », insiste-t-il. SOS Sahel entend renforcer sa gouvernance en renouvelant progressivement ses instances, laissant la place à une nouvelle génération prête à porter l’organisation vers de nouveaux horizons.
Un Sahel d’espoirs et d’opportunités
Malgré les défis, M. Ouédraogo se dit optimiste : « Le Sahel peut devenir une zone modèle. Tous les outils existent : reboisement, pôles de services, stratégies nutritionnelles. En combinant ces modèles, nous pouvons transformer la fatalité en opportunité de développement ».
En quatre décennies, SOS Sahel Burkina Faso s’est imposée comme l’une des organisations les plus importantes dans la lutte contre la désertification, la pauvreté rurale et l’insécurité alimentaire. À l’heure où les défis climatiques et sécuritaires s’intensifient, l’ONG entend poursuivre sa mission avec détermination, innovation et proximité avec les communautés. « On doit s’adapter et continuer à travailler », conclut Salifou Ouédraogo.

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