Ce jeu de dominos, aussi malsain que dérisoire, que l’on nomme commodément ‘’droit international’’, mérite que l’on s’y attarde, ne serait-ce que pour mieux en révéler les ressort et, peut-être, en sourire avec gravité.
À travers toutes les latitudes, d’Est en Ouest, du Nord au Sud, le bon sens, ce socle naturel des relations humaines, aurait dû s’imposer comme principe régulateur des rapports entre États. Il n’en est rien. À sa place s’est progressivement installée une architecture juridique biaisée, moins soucieuse d’équilibre que de hiérarchisation. Disons-le sans détour : le « droit international » tel qu’il est souvent invoqué, relève moins d’un corpus normatif universel que d’une fiction opératoire. Une fiction utile. Un instrument d’influence. Une façade derrière laquelle s’organise la permanence de la loi du plus fort. Car depuis ses origines, ce droit n’a jamais véritablement échappé à la logique de puissance.
Derrière les principes proclamés (souveraineté, non-ingérence, égalité entre États) se déploient des pratiques autrement plus prosaïques (domination, intimidation, prédation économique, et ingérences politiques) notamment en Afrique, au Moyen-Orient, en Amérique latine et en Asie.
Les contradictions du discours international
Les faussaires du discours international se révèlent toujours dans les moments de crise. Les événements survenus en Europe de l’Est depuis 2014 ont mis en lumière, de manière éclatante, l’écart persistant entre les principes affichés et les pratiques effectives. Mais c’est aujourd’hui en Afrique de l’Ouest que cette contradiction atteint son point de tension le plus élevé. Longtemps exploitée, fragmentée et instrumentalisée, l’Afrique de l’Ouest demeure un terrain privilégié d’expérimentation des déséquilibres internationaux.
Les États du Sahel (Burkina Faso, Mali, Niger) ont subi des décennies d’influence extérieure, structurée par des dispositifs politiques, militaires et économiques hérités de la ‘’Françafrique’’ et consolidés par certaines institutions internationales.
Puis survient une rupture. Une séquence historique inédite marquée par l’émergence de régimes militaires, soutenus par une frange significative de leurs populations, dans une dynamique affichée de reconquête de souveraineté. C’est précisément à cet instant que les lignes se crispent et que les discours se durcissent.
Le cas Bazoum : exigence juridique ou prétexte politique ?
Depuis le renversement du président nigérien en juillet 2023, les prises de position internationales en faveur de sa libération se multiplient.
Le Parlement européen, notamment, a exigé sa libération immédiate, suscitant une réaction ferme des autorités nigériennes qui dénoncent une ingérence caractérisée dans leurs affaires internes.
L’Organisation des Nations unies, pour sa part, qualifie cette détention d’arbitraire. En première analyse, ces positions peuvent apparaître conformes aux exigences du droit et à la défense des libertés fondamentales. Mais une interrogation majeure s’impose : d’où procède cette insistance sélective? Pourquoi une telle mobilisation ici, et un silence assourdissant ailleurs ?
Car, dans le même temps, des renversements de régimes, des enlèvements de dirigeants (suivez notre regard), des assassinats de leaders légitimes, des crises humanitaires majeures ou des violations manifestes du droit dit international ne suscitent ni la même intensité, ni la même constance dans l’indignation dès lors qu’ils concernent certains alliés stratégiques.
Une pression ciblée contre l’AES
Dans ce contexte, la focalisation sur le cas Bazoum apparaît moins comme une exigence strictement juridique que comme un levier politique.
Un levier destiné à délégitimer les autorités actuelles du Niger. Un instrument visant à fragiliser la dynamique de l’Alliance des États du Sahel (AES). Une manœuvre, enfin, susceptible de préparer le terrain à une reconfiguration politique plus conforme à certains intérêts extérieurs.
Le fait que ces États aient pris leurs distances avec certaines organisations régionales et partenaires occidentaux ne fait qu’accentuer cette lecture géopolitique.
Ainsi, le dossier Bazoum dépasse largement le cadre d’un simple contentieux juridique : il s’inscrit dans un rapport de force : Souveraineté contre injonctions !
La réaction des autorités nigériennes face aux injonctions extérieures est, à cet égard, révélatrice.
Refus catégorique, protestations diplomatiques, dénonciation d’une posture jugée paternaliste. Autant de signes d’une fracture grandissante dans l’ordre international.
Ce que certains qualifient pudiquement de « divergences d’appréciation » traduit, en réalité, une remise en cause plus profonde, celle d’un système perçu comme fondamentalement asymétrique. Un système où le droit se fait rigoureux lorsqu’il s’applique aux faibles, mais éminemment flexible lorsqu’il concerne les puissants.
Les exemples abondent, et nourrissent un sentiment croissant de défiance : violations ignorées, interventions justifiées a posteriori, silences stratégiques face à certaines tragédies contemporaines (Gaza, Liban, Iran, Syrie, Lybie, …)
Dès lors, une question s’impose avec acuité : Le débat sur la libération de Mohamed Bazoum relève-t-il véritablement de la sphère internationale, ou constitue-t-il, avant tout, une question interne à l’État nigérien ?
Et, dans le prolongement, au nom de quel principe des instances extérieures dépourvues de toute légitimité démocratique au Niger s’autoriseraient-elles à prescrire, voire à imposer, une orientation politique sur un dossier aussi sensible ?
Au fond, derrière le cas Bazoum, c’est une interrogation bien plus essentielle qui se dessine : celle de la souveraineté réelle des États dans un ordre international prétendument fondé sur l’égalité.
Car là où le droit devient sélectif, il cesse d’être un droit pour n’être plus qu’un instrument.
Célère

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