Ce n’est pas dans une cathédrale ni dans une paroisse ordinaire que le Dimanche des Rameaux a pris tout son sens ce 29 mars 2026, mais bien à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO). En présence des autorités carcérales et du Nonce apostolique Burkina-Niger, Mgr Eric Soviguidi, représentant du Saint-Siège au Burkina Faso, les détenus ont célébré l’entrée dans la Semaine sainte, dans un moment de recueillement et de fraternité.
L’Église au chevet des oubliés
La présence du représentant du Pape à la MACO n’est pas anodine. Elle traduit une conviction profonde : l’Église se doit d’être aux côtés de tous, sans exception, y compris de ceux que la société a mis à l’écart. Mgr Eric Soviguidi l’a rappelé avec force, en s’inspirant de l’exemple du Christ qui choisissait précisément de se tenir auprès des exclus, des souffrants et des fragiles.
Cette proximité, a-t-il précisé, ne se limite pas à une visite ponctuelle. Elle se vit au quotidien à travers l’action de l’aumônier, de ses collaborateurs et des membres de la communauté chrétienne engagés au sein de l’établissement. Sa visite visait ainsi à exprimer le soutien du Saint-Siège à cette mission qu’il définit comme une mission d’espérance, de guérison et d’accompagnement, destinée à aider les détenus à traverser leur peine, à se reconstruire et à envisager une réinsertion réussie.

Le Nonce apostolique a également interpellé la société dans son ensemble. Pour lui, une maison d’arrêt est le miroir des failles collectives. Il a insisté sur le rôle fondamental de la famille, de l’éducation et de la transmission des valeurs dans la prévention de la délinquance, appelant chacun à rester vigilant face aux tentations et à s’appuyer sur sa conscience morale, qu’il décrit comme une voix intérieure guidée par Dieu. Il a aussi évoqué les blessures personnelles et le manque d’amour comme causes profondes de certains actes délictueux, plaidant pour une société plus solidaire, plus attentive et plus compatissante.
La réinsertion, au cœur de la mission pénitentiaire
Pour le directeur de la MACO, Vincent Konombo, également inspecteur de la garde de sécurité pénitentiaire, la visite du représentant du Pape est une reconnaissance de l’importance des activités spirituelles et religieuses au sein de l’établissement. Il témoigne des effets concrets de cet accompagnement sur le comportement des détenus : au-delà des célébrations, ce sont des enseignements, des conseils et des formations qui participent à la transformation profonde des personnes incarcérées.
Il a également mis en lumière la coexistence harmonieuse des confessions au sein de la MACO, dotée d’une chapelle, d’un temple et d’une mosquée, toutes orientées vers un même objectif : favoriser l’évolution personnelle et sociale des détenus. Tout en saluant ces initiatives, il a lancé un appel aux familles, rappelant que l’administration pénitentiaire ne peut agir seule. Les visites, le soutien moral et la participation aux activités des proches sont, selon lui, des leviers indispensables à la transformation des détenus.
La condition des femmes détenues, un sujet qui appelle à l’humanité
La parole a aussi été donnée à l’inspectrice de sécurité pénitentiaire Zangoeba Mariam, responsable de la section féminine de la MACO. Avec une franchise empreinte d’émotion, elle a confié le poids de sa mission : personne, dit-elle, ne souhaite voir des femmes derrière les barreaux.

Face à cette réalité, son engagement se concentre sur la réinsertion. Cela passe par la formation aux activités génératrices de revenus, l’apprentissage de métiers et un accompagnement humain, afin que chaque femme puisse quitter la prison avec de véritables perspectives d’avenir. En tant que femme et mère, elle dit ressentir profondément la situation de celles qui ont laissé derrière elles enfants et famille. Elle a plaidé pour des décisions judiciaires plus adaptées à la réalité des femmes détenues, afin de faciliter leur retour au sein de leurs proches et leur réintégration dans la société.
La célébration du Dimanche des Rameaux à la MACO aura ainsi dépassé le simple cadre liturgique. Elle aura été l’occasion de rappeler une vérité essentielle : même derrière les murs d’une prison, chaque être humain mérite dignité, espérance et une chance de recommencer.
Abibata Kara, stagiaire

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