Consultant chevronné en communication participative pour le développement, Idrissa Konditamdé est un homme dont le parcours semble avoir été tracé pour servir la terre.
Passionné d’agronomie, il est le promoteur du Forum International sur le Leadership et l’Innovation dans l’Agriculture (FILIA). À l’approche de la deuxième édition, prévue du 8 au 10 mai 2026 à Ouagadougou, il nous livre sa vision d’une agriculture africaine moderne, résiliente et enfin capable de nourrir le continent.
De façon concrète, qu’est-ce que le FILIA et quelle est sa mission fondamentale ?
Idrissa Konditamdé : Le FILIA est une plateforme panafricaine conçue pour créer une interaction dynamique entre quatre piliers stratégiques du Développement : l’agriculture, l’environnement, l’énergie et les mines. L’idée de base est simple mais percutante : l’Afrique détient 60 % des terres arables mondiales, pourtant elle peine encore à assurer sa propre autosuffisance alimentaire. En observant des modèles comme celui de l’Inde, qui parvient à nourrir une population équivalente à celle de tout notre continent et même à exporter son riz, nous avons compris que la clé réside dans la synergie. L’énergie, notamment renouvelable, est indispensable pour mécaniser et optimiser le travail de nos producteurs.

Idrissa Konditamdé, promoteur du Forum international leadership dans l’agriculture, invite les investisseurs agricoles, les miniers, les acteurs de l’énergie à prendre massivement part au FILIA 2026 du 08 au 10 mai prochain à Ouagadougou. DR/ FILIA
Quant au secteur minier, le lien est direct bien que souvent ignoré : l’activité minière et agricole partagent la même ressource, la terre. En réinvestissant une part de leurs revenus dans l’agriculture locale, les sociétés minières ne font pas que de la responsabilité sociale ; elles sédentarisent la jeunesse et stabilisent les communautés.
Quelle est la genèse de ce projet ? Comment votre parcours personnel a-t-il nourri la création de ce forum ?
Cette vision prend racine dans un parcours dédié à la communication participative pour le développement. Tout a commencé en 2013, avec le projet AGRITIC en son temps et en 2014 lorsque j’ai reçu le prix du meilleur journaliste agricole de l’Union Africaine pour un reportage sur le Zaï à Kaya, une technique agricole endogène fascinante. Ce prix m’a ouvert les portes de grands programmes continentaux notamment le Programme de développement de l’Agriculture africaine (PDDAA) et l’Initiative pour la restauration des paysages forestiers en Afrique (AFR100). Les Par la suite, mes fonctions de Directeur de cabinet au sein du ministère de l’Énergie, des Mines et des Carrières m’ont permis de comprendre les rouages de ces deux secteurs et d’établir l’interaction dynamique entre eux et l’Agriculture. Le FILIA est donc la capitalisation de cette décennie d’expérience professionnelle avec pour objectif de porter sur les fonts baptismaux un cadre de réflexion capable de moderniser durablement nos systèmes productifs.

Pour cette deuxième édition quels sont les publics cibles prioritaires pour garantir une action efficiente dans le secteur agricole ?
Nous ciblons l’ensemble de la chaîne de valeur agricole à savoir les investisseurs, producteurs, transformateurs et jeunes startups agrotechnologiques. L’activité étant bâti sur un socle multi acteurs ce ciblage concerne également les 3 autres secteurs à savoir l’environnement, l’énergie et les Mines. Donc si vos avez des voitures électriques, des plaques solaires ou des système de serres agricoles par exemple vous êtes les bienvenus au FILIA
Il s’agit de créer une interaction entre tous les acteurs capables d’apporter une valeur ajoutée à l’agriculture moderne. À travers notre plateforme, nous animerons des panels sur des thématiques pointues, portés par des enseignants-chercheurs et des professeurs émérites, afin de proposer des solutions concrètes aux problématiques structurelles du secteur.

Le programme des panels s’annonce dense. Quel est le thème central de cette année et quels seront les axes majeurs de réflexion ?
Le « plat de résistance » se intitulé: « Souveraineté alimentaire et résilience climatique en Afrique : quel rôle de la finance agricole ? ». Une conférence inaugurale plantera le décor, suivie de thématiques cruciales abordées par des organismes sous régionaux comme le CILSS, notamment sur le lien entre changement climatique, souveraineté alimentaire et l’investissement agricole. Nous explorerons également la maîtrise de l’eau pour l’agriculture familiale au Sahel, les énergies renouvelables et la commercialisation numérique.
Déminents chercheurs du Mali, du Niger, du Sénégal et d’autres pays africains enrichiront ces débats, complétés par des séances B to B et un espace d’exposition technologique.Cette année, nous innovons avec la création d’une « ferme itinérante » et un «espace ONGs et associations». L’idée est d’initier les enfants au processus de transformation, du fruit au jus de mangue ou de la vache au produit laitier, afin de familiariser la relève avec les métiers de la terre. Il s’agit également de permettre aux ONGs et associations, qui le désirent, de présenter des vidéos de capitalisation ou d’interagir avec le Forum sur leurs réalisations.
L’organisation d’un événement d’une telle envergure comporte son lot de défis. Quelles ont été les principales difficultés rencontrées ?
Organiser un tel événement dans le contexte actuel, où les ressources sont prioritairement orientées vers les populations impactées par la crise sécuritaire, est un défi permanent. Cependant, nous bénéficions d’une reconnaissance institutionnelle forte. Le ministre d’État en charge de l’Agriculture a accepté de patronner cette édition, ce qui constitue une légitimation institutionnelle de notre travail. Nous avons également reçu le soutien technique des ministères en charge de la Jeunesse et de la Solidarité nationale, car nos thématiques touchent directement à l’emploi des jeunes et des femmes notamment dans le secteur agricole.

Le FILIA se tient dans un contexte où les autorités burkinabè placent l’agriculture au cœur du développement. Bénéficiez-vous d’un soutien concret de leur part ?
Nous sommes fiers de constater aujourd’hui la forte volonté politique des plus hautes autorités de notre pays pour le secteur agricole. Depuis 2013, nous utilisons la communication comme outil de plaidoyer pour que l’agriculture devienne une priorité nationale non seulement au Burkina Faso mais partout en Afrique, conformément au protocole de Maputo qui préconise l’allocation de 10 % du budget national au secteur. Nous profitons de votre micro pour saluer le dynamisme du Ministre d’Etat, Ministre de l’Eau, des ressources animales et halieutiques et de ses collaborateurs qui sont « au four et au moulin » pour la transformation structurelle de notre Agriculture conformément à la vision du Président du Faso Son Excellence le capitaine Ibrahim Traoré. Son accompagnement en tant que patron de l’événement contribuera sans doute à rehausser le rayonnement du FILIA à l’échelle africaine.
Le forum affiche une ambition internationale. Quels sont les pays attendus et comment voyez-vous l’évolution du FILIA à moyen terme ?
Le FILIA est une plateforme à vocation panafricaine. À ce jour, nous enregistrons plus de 1 000 intentions de participations de 33 nationalités différentes. À moyen terme, nous ambitionnons de devenir une tribune incontournable en créant une saine émulation entre les États mais aussi entre entrepreneurs agricoles et star up africains. Nous projetons d’organiser des prix internationaux pour récompenser les pays qui investissent ou opèrent des réformes impactantes dans l’agriculture, ainsi que les meilleurs entrepreneurs, innovateurs, et les star ups portés par les jeunes et les femmes du secteur.
Sur le plan logistique comment parvenez-vous à mobiliser les ressources nécessaires pour un budget estimé à plus de 70 millions de FCFA ?
C’est un marathon de résilience soutenu par une conviction à notre projet. Les dépenses actuelles sont assurées par des jeunes panafricains engagés et convaincus par la cause. Malgré l’envergure des charges liées à la logistique et à l’organisation des panels, nous gardons le cap. Je profite remercier le comité d’organisation, constitué d’une équipe dynamique et engagée de jeunes patriotes, convaincus du potentiel de l’agriculture pour le développement de notre pays et notre continent. Des partenaires commencent également à s’organiser pour nous accompagner dans cette aventure.
Quel rôle ces sociétés minières peuvent-elles jouer dans votre initiative ?
Nous avons sollicité plusieurs partenaires dans les quatre secteurs ciblés et attendons leurs retours. Au regard du thème de l’édition 2016 qui inclus la finance agricole nous invitons les institutions bancaires à nous rejoindre dans cette mission commune. L’année dernière, la société minière Essakane SA nous a apporté un soutien technique et financier consistant. Son Directeur général, Tidiane Barry, par ailleurs Vice Président Afrique de l’Ouest de IAMGOLD SA a co-animé un panel aux côtés de personnalités de renom comme l’ancien Ministre Seydou Bouda sur le concept de green mining et création d’emplois dans la sphère des activités minières. Il a brillamment démontré les synergies possibles entre l’agriculture et l’industrie minière. A travers l’expérience positive de la mine d’Essakane, résolument engagée dans la RSE, il a expliqué comment des initiatives peuvent améliorer l’accès à l’eau et soutenir des projets agricoles au profit des populations impactées.
Quel serait votre mot de la fin pour conclure cet entretien ?
Nous rassurons les participants que le comité d’organisation est à pied d’œuvre pour faire de cet événement un succès total. Le FILIA est une opportunité unique de mise en réseau entre investisseurs, producteurs et transformateurs.
C’est une tribune à ne pas manquer. Le nombre de stands étant limité, j’invite les exposants et les partenaires à nous contacter rapidement pour réserver leur stands afin d’avoir une place de choix et un positionnement stratégique.

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