
Le Président de la Guinée Bissau Umaro Sissoco Embalo qui a forcé une mission de la Cedeao à quitter ce week-end son pays – car travaillant sur un « projet d’accord sur la feuille de route pour la tenue d’élections législatives et présidentielles en 2025 » – est depuis, au cœur d’une vive polémique. Une position et attitude du président bissao-guinéen des plus surprenantes. Lui Embalo, une des figures de proue de l’organisation sous-régionale et grand défenseur de la « démocratie ».
D’ailleurs on se souvient fin novembre-début décembre 2023, son régime avait été secoué par une tentative de coup d’Etat
Lui qui accusait l’opposition, majoritaire au parlement, d’être derrière cette tentative de putsch et avait fait arrêter près d’une centaine de personnes, déplorait que les coups d’Etat soient « à la mode dans la sous-région ouest africaine ».
Que ce soit dans son pays ou au sein de la Cedeao, Embalo a toujours prôné l’Etat de droit et de démocratie. Lui dont le pays n’a connu qu’une succession de putsch avait affirmé lors de la dernière tentative de prise de pouvoir par la force, qu’en Guinée-Bissau ces tentatives vont « toujours échouées ».
Alors qu’il dirigeait en 2023 la Cedeao, Embalo n’a pas fait de cadeau aux États de l’organisation dirigés par des militaires (Burkina Faso, Mali et Guinée Conakry dans un premier temps puis le Niger par la suite).
Coups d’Etat militaires, coups d’Etat constitutionnels
D’Abidjan à Conakry en passant dernièrement par Bissau, une certaine opinion ne passe pas par le dos de la cuillère pour évoquer des putschs constitutionnels. Les mandats respectifs arrivés à échéance ont été pour certains prolongés pour « cas de forces majeures » et pour d’autres, des projets de nouvelles constitutions donnant droit à un nouveau bail le tout, sous les yeux et à la barbe de la même organisation régionale.
Quelle crédibilité la Cedeao peut-elle avoir si elle doit apprécier les crises politiques à géométrie variable? La question fait débat et surtout dans cette nouvelle configuration où des États disent être abandonnés par l’organisation. Notamment ceux du Sahel créant une nouvelle entité, justifiant leurs différents putschs du fait de l’insécurité et accusant la Cedeao d’une non assistance à « Etats en danger ». Sa force en attente est toujours en attente car, incapable d’appuyer ces États mis à genoux par le terrorisme.
N’est-ce pas aussi légitime ce que pointe du doigt ces États? Une autre question qui continue d’alimenter les débats.
Le cas Guinée-Bissau – énième cas – mettait la Cedeao face à ses responsabilités. Elle a pris les devants pour empêcher qu’on indexe sa passivité et sa grande léthargie face aux tripatouillages et contorsions de constitutions. Sauf que l’attitude du président bissao-guinéen – qui a prêté serment pour un mandat de cinq ans fin février 2020 et dont l’élection avait été contestée par le chef de l’opposition, ancien Premier ministre Domingos Simoes Pereira – vient encore jeter du discrédit sur la Cedeao.
Au moment où l’organisation celebrant ses 50 ans d’existence, s’il faut encore le rappeler, est à la croisée des chemins. Des 15 États, il n’en reste désormais que 12. Trois du Sahel ont créé leur confédération pour notamment faire face à leurs défis communs. Ils ont estimé que l’organisation était instrumentalisée et à la solde de l’impérialisme. Le divorce, si besoin est de le rappeler, relève désormais du passé avec les célébrations dans les trois capitales de l’an un de ce retrait de l’organisation.
La Cedeao dont la mission a été contrainte de quitter Bissau rassure qu’elle présentera son rapport à son Président de la Commission et sa proposition sur la façon de trouver une feuille de route consensuelle pour la conduite d’élections inclusives et pacifiques en 2025.
Après la crise AES/Cedeao. Nous assistons certainement à une nouvelle crise. Peut-être, celle de la Cedeao contre la Cedeao. Comme dit l’adage, quand la pluie vous bat, évitez de vous battre entre vous. La lucidité l’emporte, vivement.