Analyse : Pourquoi la France a-t-elle « creusé sa propre tombe » au Sahel ?

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Alors que les relations entre Paris et les capitales de l’Alliance des États du Sahel (AES) atteignent un point de non-retour, le grand reporter François-Xavier Freland livre un diagnostic sans concession. Pour lui, le déclin de l’influence française n’est pas seulement le fait de puissances étrangères, mais le résultat d’un « sabordage » orchestré par Paris elle-même.

Par la Rédaction de Burkina Yawana

C’est un pavé dans la mare diplomatique. Dans son dernier ouvrage, « La Grande Repentance », le journaliste français François-Xavier Freland analyse ce qu’il appelle l’infortune de la vertu française en Afrique. Selon lui, en voulant trop bien faire ou en s’excusant maladroitement de son passé, la France a fini par perdre sa boussole et sa crédibilité auprès des populations sahéliennes, notamment au Burkina Faso.

Le piège de la « Repentance » permanente

L’une des thèses fortes de Freland est que la France a alimenté le sentiment anti-français par son propre discours. À force de prôner une rupture qui ne vient jamais vraiment et de multiplier les promesses de « partenariat d’égal à égal » sans changer ses logiciels profonds, Paris a créé un vide immense.

Au Burkina Faso, ce décalage entre les discours de l’Élysée et la réalité du terrain (notamment sur le plan sécuritaire) a été le moteur de la rupture. Freland affirme que la France a « creusé sa tombe » en ne comprenant pas que le logiciel de la Françafrique était non seulement mort, mais que ses tentatives de réanimation maladroites ne faisaient qu’irriter davantage une jeunesse burkinabè en quête de souveraineté totale.

De Bamako à Ouagadougou : un basculement radical

L’auteur, qui a bien connu le Sahel des années 2000, rappelle une époque où la présence française n’était pas vécue comme une occupation. Qu’est-ce qui a changé ?

  1. L’inefficacité sécuritaire : L’incapacité à endiguer la menace terroriste malgré des années de présence militaire.
  2. Le complexe de supériorité : Un ton professoral qui ne passe plus à l’heure de la multipolarité.
  3. L’éveil des consciences : Une aspiration profonde des Burkinabè à définir leurs propres partenariats (Russie, Turquie, Chine) sans demander de permission.

Quel avenir pour les relations ?

Pour François-Xavier Freland, le mal est fait. La France est aujourd’hui perçue comme une puissance du passé, incapable de se réinventer. Au Burkina Faso, le mouvement est lancé : celui de la reconquête de la dignité nationale.

L’analyse de Freland rejoint celle de nombreux observateurs locaux : la France n’a pas été « chassée » par des manipulations extérieures, elle a simplement échoué à comprendre que le monde avait changé. Comme on le dit souvent à Ouagadougou : « On ne peut pas raser la tête de quelqu’un en son absence. » Paris a tenté de dessiner l’avenir du Sahel sans les Sahéliens ; aujourd’hui, le Sahel dessine son avenir sans Paris.


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