Par Abibata Kara, stagiaire / Burkina Yawana
Face aux médias, les travailleurs de la chaîne de télévision privée Burkina Info (exploitée par la société ANSAX) sont sortis du silence ce lundi 8 juin 2026. Privés de salaires depuis la fin de l’année 2025, ils dénoncent le mépris de leur direction face à leurs conditions de vie devenues « intenables » et pointent du doigt le non-respect des engagements juridiques par leur Administrateur Général, M. Soumaëla Ouédraogo.
Genèse d’un bras de fer : Quand l’incapacité de travailler est liée à la poche
Tout commence le 18 décembre 2025. Confrontés à des arriérés de salaire (la moitié d’octobre et la totalité de novembre 2025) ainsi qu’au non-paiement des dotations de carburant pour les Journalistes Reporters d’Images (JRI) et des dotations vestimentaires pour les présentateurs, une délégation d’employés alerte la Responsable des Ressources Humaines (RH). « Comment exiger des employés qu’ils performent et respectent leurs engagements contractuels lorsqu’ils ne peuvent plus subvenir aux besoins de leurs familles ni même payer le carburant pour se rendre au service ? » s’indignent les représentants des travailleurs.
Faute de retour de la direction à la date butoir du 19 décembre, le personnel de la Rédaction, le 22 décembre, puis de la Régie, le 23 décembre, se retrouve dans l’incapacité objective de rejoindre les locaux. Une situation que les employés refusent de voir qualifier de « grève », mais plutôt d’une « incapacité objective d’aller travailler découlant de la faute lourde de l’employeur ».
Un dialogue de sourds et des engagements non tenus
Le dialogue direct entamé le 26 décembre 2025 tourne court. Présent à la rencontre, le Directeur Général aurait textuellement affirmé : « Je ne vais prendre aucun engagement ici (…) Et si quelqu’un estime qu’il a eu mieux ailleurs, qu’il s’en aille et laisse Burkina Info », brandissant même des menaces de licenciement collectif suggérées, selon lui, par l’Inspection du Travail.
Face au mur, les employés saisissent officiellement l’Inspection du Travail le 29 décembre 2025. Après plusieurs rendez-vous manqués par la direction, un espoir de conciliation naît le 6 février 2026. Un accord verbal est trouvé, acté par un Procès-Verbal (PV) de conciliation à caractère exécutoire signé le 10 février. L’employeur s’engage alors fermement à verser un mois et demi de salaire avant le 28 février 2026. À l’échéance, aucun centime n’est versé. Plus frustrant encore pour les frondeurs, ils découvrent qu’entre-temps, la dizaine d’employés restés en poste a perçu ce virement d’un mois et demi, excluant de fait les trente travailleurs dans l’impasse.
Le paradoxe financier : Des rénovations de luxe mais des comptes à sec
Devant ce qu’ils qualifient de parjure, les travailleurs mandatent un cabinet d’huissiers le 3 mars 2026. Un commandement de payer sous huit jours est adressé à Burkina Info pour un montant global de 11 149 662 F CFA, comprenant 9 849 142 F CFA d’arriérés pour les 30 salariés et les frais de procédure.
C’est ici que réside le grand paradoxe de cette crise. Pendant que la direction assure ne pas avoir de quoi éponger sa dette salariale, les travailleurs constatent avec stupéfaction le démarrage d’importants et coûteux travaux. En plein mois de février, l’entreprise engage des opérations de déménagement et de rénovation d’envergure vers un nouveau site huppé situé à Ouaga 2000, juste derrière le Lycée Wend Manegda, pour se conformer aux normes d’une chaîne moderne. « Allez-y comprendre… », lâchent les conférenciers, amers.
La bataille judiciaire : Vers l’épisode du 10 juin
Face au refus de céder à une nouvelle proposition d’échelonnement sur six mois jugée « inadmissible », la procédure judiciaire a suivi son cours légal. La première étape a consisté en la saisie des comptes bancaires de la télévision. Par la suite, le 22 avril 2026, une procédure de saisie-vente du matériel et des meubles de la chaîne a été exécutée en présence du Responsable technique de la télé, désigné directement par le Directeur Général pour assister les huissiers.
Mais l’affaire rebondit à la surprise générale. L’employeur a introduit une requête en référé d’urgence auprès du Tribunal de Grande Instance (TGI) Ouaga II et a obtenu une suspension temporaire des opérations de saisie en attendant une décision définitive sur sa contestation.
L’épisode de « l’arroseur arrosé », comme le qualifient ironiquement les travailleurs, se jouera donc ce mercredi 10 juin 2026 à 9h00 au TGI Ouaga II, où l’employeur conteste officiellement la saisie-vente de ses équipements.
Par cette sortie médiatique, la trentaine d’employés de Burkina Info prend l’opinion publique à témoin et réaffirme sa stricte disposition à reprendre le chemin des studios dès que la justice aura fait force de loi et que leurs salaires dus seront intégralement perçus.

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