Par la rédaction / Burkina Yawana
Dans une tribune particulièrement incisive et documentée, la sociologue du développement et ancienne ministre de la Promotion de la femme et du genre (2011-2014), Dr Nestorine Sangaré/Compaoré a estimé que l’instabilité chronique et les attaques terroristes que subit le Burkina Faso depuis une décennie ne relèvent pas du hasard : elles s’expliquent par la convoitise féroce des puissances occidentales, France en tête, pour une ressource stratégique majeure : le manganèse de Tambao. Faisant un parallèle audacieux avec l’Irak ou la Libye, où le pétrole a dicté les interventions militaires, Dr Sangaré déconstruit l’histoire politique récente du pays à la lueur de ce qu’elle qualifie de « guerre de la convoitise ».
Une lignée de chefs d’État brisés par le dossier Tambao
L’ancienne ministre s’appuie sur une lecture politique implacable de l’histoire moderne du pays, liant systématiquement le destin des dirigeants burkinabè à leur position vis-à-vis du gisement de Tambao. Selon elle, tout commence avec Thomas Sankara, qui avait fait de ce projet une priorité nationale en lançant la construction du chemin de fer vers le site, avant d’être assassiné avant sa concrétisation. Plus tard, Blaise Compaoré choisit d’attribuer l’exploitation à la pré-multinationale non française PAM malgré une opposition farouche de Paris ; il sera renversé par l’insurrection populaire à peine trois mois après la signature du protocole d’accord. S’en suit la période de 2015, marquée par un ballet diplomatique franco-américain sur le site et l’annulation du contrat de PAM au profit du Tribunal de commerce de Paris, une époque qui coïncide étrangement avec le premier acte terroriste sur le territoire : l’enlèvement d’un expatrié à Tambao en avril 2015. Enfin, le président Roch Marc Christian Kaboré subira le même sort : pour avoir refusé par deux fois les propositions de la firme française ERAMET – qui offrait de sécuriser la région des Trois Frontières en échange des droits d’exploitation – et après une réunion très tendue avec le Chef d’état-major français, il sera balayé par un coup d’État deux mois plus tard.
Les Trois Frontières : Un blocus militaire déguisé en terrorisme ?
L’un des points cardinaux de l’analyse du Dr Nestorine Sangaré réside dans la corrélation géographique de la crise. Pourquoi la région des Trois Frontières est-elle l’épicentre des violences ? Comme elle l’a écrit dans sa tribune : « Les terroristes sont positionnés dans la région des trois frontières pour empêcher l’accès au site de Tambao. Il y a une guerre engagée depuis 2016 pour empêcher les gouvernements successifs de mettre en valeur et exploiter la mine. »
Selon l’experte, la France a longtemps sous-estimé (ou dissimulé) le potentiel réel du site. Là où les rapports coloniaux de 1952 évoquaient 44 millions de tonnes, les études ultérieures commandées sous l’ère Compaoré ont révélé un trésor de plus de 100 millions de tonnes, doté d’une des meilleures teneurs au monde. Dès lors, Tambao est devenu une « réserve de sécurité » que l’impérialisme refuse de laisser échapper.
La guerre médiatique contre la Révolution actuelle
Pour Dr Sangaré, la posture nationaliste affirmée du Capitaine Ibrahim Traoré, qui s’inscrit dans la lignée de Thomas Sankara concernant la souveraineté des ressources, explique l’intensité de la campagne de dénigrement international actuelle.
Elle pointe notamment du doigt l’activisme politique du Général français Christophe Gomart (ancien patron du Renseignement militaire et aujourd’hui député européen), qu’elle accuse d’utiliser la communication de guerre pour tenter de récupérer l’influence perdue sur le terrain diplomatique. Un acharnement qui se heurte désormais à la résilience des autorités burkinabè.
Vendredi 26 juin 2026 : Le Burkina Faso acte la rupture totale avec Paris
C’est précisément dans ce contexte de bras de fer souterrain que le Burkina Faso a franchi un cap ce vendredi 26 juin 2026. Face à ce que les autorités burkinabè qualifient d’« activisme hostile et incessant » de la diplomatie française visant à déstabiliser la Révolution, Ouagadougou a officiellement annoncé la rupture de ses relations diplomatiques avec Paris. Cette décision souveraine et radicale vient clore des décennies d’ingérences économiques et sécuritaires.
L’appel de Dr Nestorine Sangaré : Briser le piège de la division
Face à ce qu’elle qualifie de manipulations ethniques, religieuses et politiciennes orchestrées de l’extérieur pour divertir le peuple, l’ancienne ministre sonne le tocsin de l’unité nationale.
L’histoire moderne a montré que les « sauveurs » occidentaux (en Libye, en Syrie ou au Soudan) finissent toujours par spolier les nations qu’ils prétendent libérer. Le message de Dr Nestorine Sangaré se veut clair : la survie et la prospérité du pays dépendront de la capacité de ses fils et filles à s’unir pour protéger leurs richesses, car « ce n’est pas en tuant IB que le manganèse du Burkina Faso sera exploité par la France », écrit-elle.

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