Par la rédaction / Burkina Yawana
La tension monte d’un cran entre la Guinée équatoriale et la France. L’annonce de la mise en vente aux enchères de l’hôtel particulier de l’avenue Foch à Paris, autrefois saisi dans l’affaire des « biens mal acquis », a mis le feu aux poudres. Malabo crie à la violation du droit international et menace d’expulser les diplomates français.
Une vente aux enchères jugée « illégale » et « hostile »
C’est l’étincelle qui menace de faire exploser des relations déjà moribondes. Le gouvernement de la Guinée équatoriale a vivement réagi à la décision des autorités françaises de procéder à la vente par lots de l’immeuble situé aux 40 et 42 de la prestigieuse avenue Foch, à Paris. Pour Malabo, cet immense complexe immobilier n’est pas un simple trophée judiciaire : il s’agit du siège officiel de sa mission diplomatique en France.
Dans un communiqué officiel d’une rare fermeté, les autorités équato-guinéennes qualifient cette mise aux enchères d’acte « unilatéral, hostile et incompatible avec le respect qui doit prévaloir entre États souverains ». Le message est clair : Malabo ne reconnaît ni la légitimité, ni les effets de cette transaction menée par l’Agence française de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (Agrasc).
L’arme de la réciprocité : Menace d’expulsion à Malabo
Face à ce qu’elle considère comme un affront à sa souveraineté, la Guinée équatoriale n’entend pas se laisser faire et brandit ouvertement l’arme de la réciprocité diplomatique. Si la vente venait à perturber le fonctionnement de sa représentation à Paris, Malabo promet de répliquer par des mesures radicales, à commencer par la saisie immédiate du bâtiment abritant la mission diplomatique française en Guinée équatoriale et l’expulsion pure et simple des diplomates français qui y résident. Le gouvernement prévoit également une révision complète des relations bilatérales, une démarche qui pourrait conduire à leur rupture définitive. « Le gouvernement se réserve le droit d’adopter toutes les mesures souveraines qui s’imposent, y compris la rupture éventuelle de nos relations avec la République française. » – Extrait du communiqué officiel de Malabo
L’affaire des « Biens mal acquis » au cœur du litige
Cet hôtel particulier, estimé à environ 100 millions d’euros, soit un peu plus de 65,5 milliards de F CFA, était au centre de la longue saga judiciaire des « biens mal acquis ». Il appartenait à Teodoro Nguema Obiang Mangue (dit Teodorin Obiang), vice-président du pays, avant d’être définitivement confisqué par la justice française après sa condamnation pour blanchiment de corruption.
Si Paris avance l’argument de vouloir restituer les fonds issus de la vente à la population équato-guinéenne, Malabo y voit plutôt une ingérence inacceptable et une violation flagrante de l’immunité diplomatique des biens étatiques.
Analyse : Un nouveau front contre l’influence française en Afrique
Cette crise ouverte entre Paris et Malabo s’inscrit dans un contexte géopolitique global de rejet de la politique africaine de la France. Elle intervient alors que le Burkina Faso vient tout juste de consommer une rupture définitive en rompant officiellement, ce vendredi, ses propres relations diplomatiques avec Paris. Ce séisme politique au Sahel trouve désormais un écho direct en Afrique centrale, où la Guinée équatoriale choisit à son tour la ligne dure.
En brandissant la menace d’une rupture, Malabo démontre que l’époque où les décisions des tribunaux parisiens s’imposaient sans sommation aux États africains est révolue. Pour la diplomatie française, déjà chassée d’une partie du Sahel, ce dossier glissant s’ajoute à une liste croissante de revers stratégiques majeurs sur le continent.

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