À peine quelques semaines après la sortie remarquée de « 8e sens », titre magistral dans lequel il retraçait deux décennies d’histoire et d’évolution du hip-hop burkinabè, Sa Majesté Askoy confirme sa productivité et la clarté de son engagement. Le rappeur vient de dévoiler « Continent », un single coup de poing qui abandonne un instant la rétrospective musicale pour plonger à bras-le-corps dans le débat géopolitique et l’émancipation panafricaine.
Par la rédaction – Burkina Yawana
Une charge poétique et politique contre l’impérialisme
Dans ce nouveau morceau, Sa Majesté Askoy dresse un constat sans concession : celui d’une Afrique dotée d’inestimables richesses naturelles (or, diamant, pétrole, manganèse) mais maintenue dans l’instabilité et la dépendance par les dynamiques impérialistes. À travers des formules percutantes, l’artiste dénonce le pillage des ressources par les puissances occidentales et pointe du doigt les ingérences historiques ayant coûté la vie aux grands leaders du continent.
Puisant son inspiration dans l’héritage des figures tutélaires de la libération africaine – Thomas Sankara, Patrice Lumumba, Kwame Nkrumah ou Nelson Mandela -, le rappeur appelle à un réveil des consciences qui dépasse les simples déclarations d’indépendance formelles : « Très beau continent / Africa, un merveilleux continent / Exploité par l’Occident / Ils l’ont dépouillé de ses présents », chante le musicien lors du refrain.

La chanson s’achève sur un appel vibrant à l’unité de l’Alliance des États du Sahel (Burkina Faso, Mali, Niger), plaçant l’art d’Askoy au centre des aspirations contemporaines de souveraineté populaire et de fraternité régionale.
Un point de virage dans la discographie de Sa Majesté Askoy
Cette succession rapide entre « 8e sens » et « Continent » marque une étape charnière dans le parcours discographique de l’artiste. Après s’être révélé à travers sa première mixtape « Nouvelle Révélation » en 2006, Sa Majesté Askoy a construit une discographie solide marquée par deux albums majeurs : Nêkrê en 2015, suivi plus tard de Kibaré.
D’un côté, en s’affirmant comme l’archiviste du rap local avec « 8e sens », Askoy s’est positionné en mémoire vivante du mouvement hip-hop au Burkina Faso, rendant hommage aux pionniers et affirmant sa légitimité au sein de la scène nationale.
De l’autre, en devenant un porte-voix engagé avec « Continent », il franchit un cap idéologique majeur. Il s’inscrit directement dans la tradition du rap conscient et panafricaniste, utilisant désormais sa plume comme un outil d’éveil citoyen et de résistance culturelle.
Par cette double frappe artistique, Sa Majesté Askoy s’impose désormais comme une figure incontournable de la musique burkinabè contemporaine, capable d’allier maîtrise technique, respect des anciens et discours politique percutant.

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