Refusant la fatalité et la culture de l’assistanat, les femmes déplacées internes originaires de la commune de Barga s’organisent pour reconquérir leur autonomie financière. Réunies au sein de l’association « Sougr-Nooma », plus d’une vingtaine d’entre elles mettent leur expertise agricole et pastorale au service de la production locale, répondant ainsi directement à l’appel des autorités pour la souveraineté alimentaire.
Par Aziz Sawadogo, correspondant Burkina Yawana – Ouahigouya
Sur le périmètre irrigué de l’exploitant agricole Moussa Dramé, situé au secteur 2 de la capitale du Yatenga, le labeur quotidien se conjugue avec détermination. C’est là que l’association « Sougr-Nooma » a trouvé un ancrage temporaire. Éloignées de leurs terres natales par la crise sécuritaire, ces femmes entendent valoriser un savoir-faire ancestral plutôt que d’attendre la charité.
Un savoir-faire brisé par le déplacement, mais non éteint
Avant leur déplacement forcé, la structure comptait plus de 45 membres actives, autonomes et intégrées dans le tissu économique rural à Barga. « Chez nous au village, nous étions déjà organisées pour travailler la terre, pratiquer l’élevage et développer de petites activités génératrices de revenus. Le déplacement vers Ouahigouya a constitué un revers brutal. Souvent, nourrir les enfants ou assurer leur scolarisation devient un véritable défi par manque de moyens, alors que nos activités passées couvraient aisément toutes ces charges », témoigne Safiéta Ouédraogo, l’une des membres de l’association.

Face à cette vulnérabilité soudaine, le regroupement s’est imposé comme une réponse pragmatique pour préserver leur dignité et subvenir aux besoins élémentaires de leurs foyers. « Nous avons décidé de proposer notre force de travail aux maraîchers de Ouahigouya contre rémunération. Traiter la terre a toujours été notre métier. Nous refusons la mendicité », soutient Mariam Dogo, également membre du regroupement.

Un alignement concret avec les directives d’autosuffisance nationale
Sur le site d’accueil du producteur Moussa Dramé, les membres de l’association s’investissent dans la culture de spéculations variées : soja, tournesol, igname et patate douce, à côté des cultures maraîchères conventionnelles. Une dynamique qui s’inscrit pleinement dans la vision du président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré, qui fait de la bataille de la production agricole le socle de l’indépendance nationale.
Cependant, pour passer de la subsistance à un impact économique d’envergure, ces femmes lancent un appel pressant aux autorités locales, aux partenaires au développement et aux bonnes volontés. « Nous maîtrisons parfaitement la conduite des cultures maraîchères et l’élevage. Si nous pouvons obtenir un accès sécurisé à des parcelles cultivables, de l’équipement et un accompagnement technique ou financier, nous serons en mesure de produire à plus grande échelle et d’assurer notre pleine réinsertion économique », valide Safiéta Ouédraogo.
L’initiative de l’association « Sougr-Nooma » illustre la capacité d’adaptation et la détermination des populations déplacées du Yatenga, démontrant que la réponse la plus durable face aux défis actuels réside dans l’accompagnement des initiatives locales de production.

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