L’histoire de la Françafrique est un éternel recommencement, un théâtre d’ombres où les figurants changent mais dont la pièce reste désespérément la même. Derrière les poignées de main mesurées et les sourires de façade affichés aux premières heures du coup d’État du 5 septembre 2021, la relation entre le président français Emmanuel Macron et le chef de l’État guinéen, le général Mamadi Doumbouya, a tourné à l’aigre. Initialement perçu à Paris comme un partenaire pragmatique capable de maintenir une forme de stabilité dans une Afrique de l’Ouest secouée par la souveraineté retrouvée des peuples, « Doum » semble aujourd’hui être devenu un pôle d’embarras diplomatique majeur pour « Manu ».
Par la rédaction – Burkina Yawana
Au fil des enquêtes du journaliste d’investigation Thomas Dietrich, cible privilégiée de la censure et des expulsions de Conakry, les dessous de ce rapprochement ont été mis en lumière. Alors que la diplomatie française a longtemps fermé les yeux sur les arrestations d’opposants et le verrouillage de l’espace démocratique sous la transition guinéenne alors, la complaisance a atteint ses limites. Les révélations sur le train de vie du dirigeant guinéen en France – notamment ses acquisitions immobilières opaques, dit-on, dans le sud du pays et ses chantiers controversés dans le Gard – soulèvent des soupçons embarrassants de « biens mal acquis » pour le Quai d’Orsay. Ces affaires placent la macronie face à ses propres contradictions, coincée entre la dénonciation théorique de la corruption et la réalité du soutien stratégique aux militaires dociles de la région.
Et comme toujours, le chien ne change jamais sa manière de s’asseoir : la France lâche systématiquement ses protégés de la même façon. Après les avoir instrumentalisés, elle les livre aux projecteurs pour solder ses propres comptes. La suspension de France 24 en Guinée s’inscrit, sans nul doute, dans ce schéma de rupture inévitable.
Dans ce contexte de recomposition stratégique, la récente visite de Mamadi Doumbouya à Abidjan auprès d’Alassane Ouattara prend tout son sens : un pèlerinage stratégique auprès du dernier grand pivot de la diplomatie française dans la sous-région, visant à sécuriser de nouveaux relais alors que l’axe direct avec Paris chancelle. Parallèlement, en quête d’affirmation souveraine face aux récits imposés de l’extérieur, Conakry hausse le ton : le retrait immédiat de l’accréditation journalistique de Mamadou Diawo Barry, correspondant de Jeune Afrique, sous prétexte de « manquements professionnels », s’inscrit dans cette volonté d’imposer son propre agenda médiatique et d’opposer une fin de recevoir sans appel aux médias sous influence.
Entre un président français contraint de prendre ses distances pour ne pas paraître une fois de plus comme le parrain d’un « apprenti-dictateur » et un général guinéen désormais décidé à s’affranchir de la métropole, la lune de miel est bel et bien terminée. Le pacte de tolérance entre Conakry et Paris s’est effrité, laissant place à la dure réalité des luttes d’intérêts.

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