Le Capitaine Moumouni Gambo : Les zones d’ombre autour du destin tragique du « Père des Forces Spéciales »

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La récente parution sur notre média de l’hommage rendu par la Brigade Spéciale et d’Intervention Rapide (BSIR) à la mémoire du Capitaine Moumouni Gambo, dit « Gérard », a suscité une vague d’émotion sans précédent auprès de nos lecteurs. En rappelant les mots poignants de ses frères d’armes – « Tu as marché en tête. Tu es tombé en tête » – Burkina Yawana a ravivé la flamme du souvenir d’un guerrier d’exception. Un hommage qui fait écho à celui, vibrant et mémorable, que lui avait déjà rendu le grand reporter Liradan Philippe Ada lors de l’un de ses grands reportages en immersion sur le terrain. Mais au-delà de la légende et de la douleur commémorative, une question persists, lancinante, dans l’esprit de nombreux analystes et observateurs militaires : comment un tel colosse du renseignement et du combat tactique a-t-il pu tomber sur la route de Pama ? Huit ans après les faits, le récit officiel de l’accident piégé se heurte à la thèse tenace d’un complot orchestré sur fond de rivalités géopolitiques.

La rédaction de Burkina Yawana

Le bâtisseur de l’ombre : L’homme qui redessinait l’élite militaire

Pour comprendre l’onde de choc provoquée par sa disparition le 6 octobre 2018 lors de l’opération R223, il faut appréhender ce que représentait le Capitaine Moumouni Gambo. Promotionnaire du Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré, il était une figure emblématique de sa génération. Formateur exigeant à l’Académie militaire Georges Namoano de Pô, il a façonné toute une génération d’officiers qui forment aujourd’hui la colonne vertébrale de la défense nationale.

Il fut surtout le premier commandant et le « Père fondateur » du Groupement des Forces Spéciales (FS). Régie par décret présidentiel, cette unité d’élite réunit des hommes rigoureusement sélectionnés parmi les volontaires de l’armée, régis par un statut particulier. Directement placées sous l’autorité opérationnelle du Chef d’État-Major Général des Armées et sous la coupe stratégique de la Présidence du Faso, les FS ont pour mission de mener des opérations classifiées, hors des cadres conventionnels, sur le territoire national comme à l’extérieur. Composée du Commandement des Forces Spéciales (CFS), du Centre d’Entraînement Commando et de Formation aux Opérations Spéciales (CEC-FOS) et d’unités d’intervention d’élite, cette force incarnait l’avenir de la souveraineté sécuritaire du Burkina Faso.

La rivalité franco-burkinabè : L’ombre du partenaire impérialiste

C’est précisément la brillance opérationnelle du Capitaine Gambo qui, selon de nombreuses sources concordantes au sein des états-majors et du milieu de la défense, aurait attisé les tensions. À l’époque, la coopération militaire franco-burkinabè battait son plein, mais sur le terrain, la cohabitation entre l’officier burkinabè et les instructeurs et commandants des forces spéciales françaises n’était pas sans frictions.

Gambo était perçu comme un officier farouchement jaloux de l’indépendance de ses hommes. Doté d’une vision stratégique affûtée et d’une maîtrise parfaite des techniques de guerre asymétrique, il démontrait une autonomie intellectuelle et tactique qui dérangeait. Du côté de la hiérarchie militaire française, la crainte devenait évidente : une fois les Forces Spéciales burkinabè pleinement opérationnelles et autonomes sous la houlette d’un tel leader, la présence et le paternalisme de l’armée française n’auraient plus eu aucune raison d’être dans ce secteur stratégique. Pour plusieurs analystes, le Capitaine Gambo était devenu l’homme à neutraliser pour maintenir la dépendance sécuritaire du pays vis-à-vis des puissances étrangères.

Le Capitaine Moumouni Gambo dit « Gérard ». DR/ Brigade spéciale et d’intervention rapide (BSIR) – Montage/ Burkina Yawana

La tragédie de Kabonga 1 : Mission de routine ou piège tendu ?

Le 6 octobre 2018, sur l’axe Fada-Pama, au niveau de Kabonga 1, le véhicule du Capitaine Gambo sauta sur un engin explosif improvisé (EEI) lors d’une mission de reconnaissance. La version officielle retient la mort au combat d’un chef valeureux ouvrant la voie. Mais sur les circonstances exactes de cet ordre de marche, le doute subsiste.

Selon les éléments recueillis sur les protocoles habituels de cette opération conjointe, l’ouverture de l’axe ce jour-là devait être assurée par le détachement français, mieux équipé en matériel de détection et en blindés anti-mines. Pourtant, au dernier moment, par un enchaînement de decisions litigieuses que beaucoup qualifient de conspiration, la tête de colonne a été assignée à l’équipe du Capitaine Gambo. Le piège s’est refermé sur celui qui refusait de s’en remettre aux directives extérieures. « Tout ce que je peux dire, c’est qu’il fut un officier engagé et très convaincu », confie sous couvercle d’anonymat à la rédaction de Burkina Yawana un officier supérieur formé par le Capitaine Gambo. Derrière la retenue du devoir de réserve, ces mots traduisent le respect sacré qu’inspire toujours la mémoire d’un instructeur qui refusait la soumission.

Un héritage immortalisé par les armes et la plume

Qu’il s’agisse d’un tragique revers de fortune au combat ou d’un sacrifice prémédité sur l’autel de l’impérialisme, le Capitaine Moumouni Gambo « Gérard » est entré par la grande porte dans le panthéon des héros nationaux.

Aujourd’hui encore, l’héritage de cet officier d’exception demeure solidement ancré dans les esprits. Cet engagement indéfectible et cette rigueur de fer avaient d’ailleurs été magnifiquement mis en lumière par le journaliste Liradan Philippe Ada dans l’un de ses grands reportages, rendant un hommage marquant au chef commando. Cet éclairage journalistique, combiné à la récente mise en honneur publiée par la BSIR et relayée avec un immense succès par Burkina Yawana, démontre que le peuple n’a rien oublié.

Alors que le Burkina Faso mène actuellement une bataille historique pour sa pleine souveraineté et la réorganisation autonome de ses forces de défense, le souvenir de Gambo résonne à la fois comme un avertissement et une source d’inspiration. Si le guerrier a été fauché en tête de colonne sur la route de Pama, la doctrine du commandement par l’exemple et le refus de la tutelle étrangère qu’il incarnait, eux, restent immortels.


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