Partenariat de souveraineté : Pourquoi le Sommet Russie-Afrique n’a rien à voir avec le « pré carré » d’antan

Publié par

le

Il est des raccourcis journalistiques et des automatismes d’analyse occidentaux qui relèvent soit de la mauvaise foi, soit d’une cécité géopolitique persistante. Depuis l’affirmation décomplexée du continent sur la scène internationale, chaque grand rassemblement diplomatique organisé à Moscou suscite une vague d’analyses condescendantes. On y dénonce une « perte d’influence », on s’étonne des convergences et l’on va jusqu’à parler, sans rire, de la naissance d’une « nouvelle colonisation ». Rétablissons les faits, cartes sur table et chiffres en main. Non, le Sommet Russie-Afrique n’est pas – et ne sera jamais – un « France-Afrique » Bis.

Par Lamine Traoré – Directeur de publication /Burkina Yawana 

Des modèles fondés sur des paradigmes opposés

Confondre ces deux espaces relationnels, c’est ignorer l’Histoire et dénaturer la dynamique en cours au sein du monde multipolaire. La Françafrique, concept historique forgé dans l’ombre des indépendances confisquées, reposait sur une logique de tutelle, d’ingérence politique, de présence militaire permanente et de dépendance monétaire monopolistique. Elle s’appuyait sur des mécanismes de soumission où la contrepartie d’une protection sécuritaire ciblée était le pillage systématique des ressources du sous-sol et la signature de contrats de gré à gré verrouillés.

Le partenariat russo-africain s’inscrit dans une tout autre grammaire. D’une part, comme l’a rappelé le Premier ministre burkinabè, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo – représentant le Capitaine Ibrahim Traoré à Moscou – lors d’une interview accordée à RT en abondant dans ce sens, la Russie, tout comme l’Union soviétique avant elle, n’a eu aucun passé colonial sur le continent africain : Moscou n’a jamais découpé ni asservi l’Afrique, mais a historiquement soutenu les mouvements de libération nationale contre l’impérialisme. D’autre part, la relation repose sur le principe du libre choix souverain. Loin des injonctions dogmatiques exigeant de choisir un camp ou d’adopter des modèles institutionnels plaqués, la diplomatie russe propose une coopération basée sur le respect de la souveraineté, l’accès aux technologies clés (énergie, nucléaire civil, défense) et l’absence de conditionnalités socioculturelles ou politiques morales.

Une représentativité sans équivoque

Ceux qui prédisaient le boycott, l’isolement ou le désintérêt de l’Afrique pour ces sommets en sont pour leurs frais. La cartographie de la participation africaine aux rassemblements Russie-Afrique confirme une réelle adhésion continentale avec 48 à 49 pays africains représentés sur les 54 que compte le continent, soit près de 90% du continent. Le niveau de représentation y est exceptionnel, porté par de nombreuses délégations conduites au plus haut niveau par des Chefs d’État – à l’instar du Président de la Transition du Mali, le Général d’armée Assimi Goïta, présent aux travaux à Moscou -, des chefs de gouvernement et des émissaires de premier plan comme le Premier ministre Jean Emmanuel Ouédraogo portant la voix du Burkina Faso. De l’AES (Burkina Faso, Mali, Niger) aux géants régionaux comme l’Égypte, la République Centrafricaine, le Sénégal, l’Afrique du Sud, le Burundi ou le Congo-Brazzaville, l’Afrique s’y rend en bloc pluriel et pragmatique, scellant la portée économique de l’événement à travers plus de 160 accords et protocoles d’engagement publics et privés signés dans des domaines stratégiques tels que l’énergie, les céréales, la défense et la formation universitaire.

La souveraineté de l’Afrique au cœur de la stratégie

Ce que les détracteurs refusent d’admettre, c’est que l’Afrique de 2026 n’est plus celle des années 1960. Les peuples africains, et au premier rang la jeunesse de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont définitivement brisé les chaînes de la peur et de la soumission.

Venir à Moscou ne relève pas de la substitution d’un maître par un autre. Il s’agit d’une diversification stratégique des partenariats. Les nations africaines ne cherchent pas un nouveau tuteur, mais des partenaires d’affaires et de sécurité qui traitent d’égal à égal, respectent la dignité des peuples et reconnaissent l’urgence d’une refonte de la gouvernance mondiale (Conseil de sécurité de l’ONU, systèmes financiers internationaux).

Le Sommet Russie-Afrique illustre une Afrique décomplexée qui choisit librement ses alliés en fonction de ses intérêts vitaux : la sécurité de son territoire, l’industrialisation de ses matières premières et l’autosuffisance technologique. Que cela plaise ou non aux nostalgiques des pré carrés coloniaux, la marche vers le monde multipolaire est irréversible, et le Burkina Faso y tient désormais son rang la tête haute.


En savoir plus sur Burkina Yawana

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Votre commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

En savoir plus sur Burkina Yawana

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture