Dans un contexte marqué par le chômage des jeunes et les défis de l’employabilité, Hamed Kadiyogo, fondateur de « Emprint School », revient sur son parcours, sa vision et les ambitions de son centre de formation.
Dans cet entretien accordé à Burkina Yawana, il partage une réflexion profonde sur la formation professionnelle au Burkina Faso. En 10 ans d’existence, « Emprint School » a ouvert 15 centres de formation et quatre ateliers pratiques à travers le pays, formant des milliers de jeunes avec un taux d’insertion socioprofessionnelle situé entre 70 et 80 %. Entretien.
Burkina Yawana = BY
Hamed Kadiyogo
BY : Qu’est-ce qui vous a réellement motivé à créer Emprint School en 2015 ?
Hamed Kadiyogo : Ce qui m’a motivé, c’est un constat profond d’exclusion dans notre système de formation. Beaucoup de jeunes savent lire et écrire, mais n’ont pas de diplôme et se retrouvent laissés pour compte. D’autres n’ont pas eu la chance d’aller à l’école, mais disposent d’un potentiel réel qui ne demande qu’à être valorisé. À cela s’ajoutent les personnes en reconversion professionnelle. Aujourd’hui, un journaliste peut vouloir se lancer dans l’élevage, mais il lui manque l’accompagnement pratique. Emprint School est donc née pour répondre à ces réalités : offrir une seconde chance, valoriser les talents et permettre à chacun d’acquérir une compétence utile.

BY : Après plus de 10 ans d’existence, quel bilan faites-vous ?
Hamed Kadiyogo : C’est une grande fierté, mais aussi une lourde responsabilité. Derrière chaque apprenant formé, il y a une histoire, une évolution, une autonomie retrouvée. Voir des jeunes s’insérer ou entreprendre est extrêmement gratifiant. Mais cela nous oblige surtout à rester exigeants et à nous améliorer continuellement.
BY : En 10 ans, combien de centres avez-vous ouverts à travers le pays ?
Hamed Kadiyogo : Honnêtement, dès le départ, notre objectif était simple : rapprocher la formation des jeunes. On ne voulait pas que la distance soit un frein. Du coup, on a fait le choix d’être présents un peu partout : au nord, au sud, à l’est, à l’ouest et au centre du pays. Aujourd’hui, on a 15 centres, notamment à Ouagadougou, Koudougou, Bobo-Dioulasso, Banfora et Tenkodogo, avec aussi 4 ateliers pratiques pour renforcer le côté concret. Et à Ouagadougou, on a vraiment maillé la ville pour que peu importe le quartier, un jeune puisse trouver une formation près de chez lui.

BY : Combien de stagiaires avez-vous formés en 10 ans ?
Hamed Kadiyogo : En 10 ans, on a formé des milliers de jeunes. Et pour nous, ce ne sont pas juste des chiffres, ce sont des parcours de vie. Chaque jeune qui passe par EMPRINT voit sa vie changer. Au-delà de la formation, nous mettons en place de nombreuses activités scolaires et parascolaires : le sport, nos différents concours de détection, ainsi que des panels et conférences sur des thématiques utiles. Tout cela apporte énormément aux apprenants et contribue à former non seulement des professionnels compétents, mais aussi des jeunes responsables, ouverts et prêts à réussir dans la vie.

BY : Quel est votre taux d’insertion professionnelle à ce jour ?
Hamed Kadiyogo : Aujourd’hui, on est entre 70% et 80% d’insertion. Certains trouvent un emploi directement, d’autres créent leur propre activité. Et ça, c’est une vraie fierté pour nous, parce que notre objectif, ce n’est pas juste de former, c’est que les jeunes s’en sortent concrètement.
BY : Pourquoi avoir misé sur des formations courtes et pratiques ?
Hamed Kadiyogo : Parce que le marché de l’emploi a besoin de compétences immédiatement opérationnelles. Les formations longues sont importantes, mais elles ne répondent pas toujours à l’urgence de l’emploi. Notre approche permet d’apprendre rapidement, de pratiquer intensivement et d’être prêt à travailler sans délai. D’ailleurs, même des diplômés universitaires viennent chez nous pour acquérir des compétences concrètes.

BY : Pourquoi autant de diplômés restent-ils au chômage aujourd’hui ?
Hamed Kadiyogo : le problème ne vient pas du diplôme, mais du décalage entre la formation et les besoins du marché. Beaucoup de jeunes se dirigent vers des filières saturées sans tenir compte des opportunités réelles. Pendant ce temps, des secteurs porteurs restent sous-exploités. Aujourd’hui, le Burkina Faso est en pleine transformation : projets d’infrastructures, industrialisation, transformation agroalimentaire, nouvelles technologies (…) Mais la question reste simple : peut-on absorber autant de juristes ou d’économistes ? La réponse est non. À l’inverse, des domaines comme l’élevage, la cuisine ou la pâtisserie offrent de réelles opportunités, notamment en entrepreneuriat.
BY : Comment choisissez-vous les filières de formation ?
Hamed Kadiyogo : Nos choix sont guidés par les besoins du marché. Nous nous appuyons sur les secteurs porteurs : artisanat, BTP, agroalimentaire, services, mais aussi sur les métiers émergents comme le marketing digital, l’infographie ou les technologies liées à l’énergie. Nous adaptons en permanence nos offres pour rester en phase avec les réalités économiques.
BY : Le programme « un stage, un emploi » est-il réellement efficace ?
Hamed Kadiyogo: Oui, il est essentiel. La formation seule ne suffit pas. L’immersion en entreprise permet aux apprenants de comprendre la réalité du terrain. Cependant, l’accès aux stages reste un défi majeur. Il est nécessaire d’impliquer davantage l’État et d’encourager les entreprises à accueillir des stagiaires, comme cela se fait dans certains pays avec des incitations fiscales.

BY : Quels sont les principaux défis rencontrés ?
Hamed Kadiyogo : Les défis sont nombreux : Les coûts élevés de fonctionnement. Le matériel technique souvent coûteux. Le manque de formateurs qualifiés dans certaines régions. Dans des villes comme Banfora ou Tenkodogo, il faut parfois faire venir des formateurs depuis Ouagadougou ou Bobo-Dioulasso, ce qui alourdit les charges. Malgré cela, nous maintenons un haut niveau d’exigence, car la qualité reste notre priorité.
BY: Que répondez-vous aux critiques sur les centres de formation privés ?
Hamed Kadiyogo: Ces critiques doivent être entendues, mais il ne faut pas généraliser. Il existe des centres sérieux et engagés. Chez Emprint, nous mettons un accent particulier sur : la qualité des formations, les ateliers pratiques, un système de réclamations avec suivi réel, l’évaluation continue des programmes. Notre objectif est clair : garantir une formation crédible et utile.
BY : Quelle est votre vision pour l’avenir ?
Hamed Kadiyogo : Nous visons une expansion en Afrique de l’Ouest, notamment à Abidjan et Accra. Notre ambition est de déployer notre modèle à l’échelle du continent, à travers des partenariats, des implantations ou des franchises. L’objectif est double : impacter davantage de jeunes et enrichir notre modèle grâce aux expériences africaines.

BY : Quel message adressez-vous à la jeunesse burkinabè ?
Hamed Kadiyogo : Les études longues et les formations professionnelles ne s’opposent pas. Elles sont complémentaires. Aujourd’hui, beaucoup d’universitaires viennent se former chez nous pour acquérir des compétences pratiques.
Notre vision à long terme est même de créer une véritable université des métiers. Le plus important, c’est de construire un parcours cohérent, utile et adapté aux réalités du marché.
Entretien réalisé par André Yameogo, stagiaire

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