Macron annonce un « grand nettoyage » du franc CFA

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Lors d’un entretien exclusif avec le média Brut en marge du sommet de Nairobi, le président français Emmanuel Macron a utilisé des mots forts pour qualifier la fin du Franc CFA. En prônant une « dépollution » des relations monétaires, le chef de l’État français tente d’imposer sa vision d’une rupture définitive avec l’ancien système, tout en cherchant l’aval des nouveaux leaders du continent.

Un cap maintenu face aux crises de transition

Pour Emmanuel Macron, le processus de réforme engagé en 2019 à Abidjan aux côtés d’Alassane Ouattara n’est pas une simple étape, mais l’acte de décès officiel de l’ancien système. Il reconnaît que cette période de transition génère des tensions et des incompréhensions qu’il juge normales.

Selon lui, ces crises sont le corollaire indispensable de toute transformation profonde. Le président français insiste sur le fait qu’il garde une ligne directrice constante pour sortir définitivement du cadre historique du Franc CFA, tout en s’appuyant sur des partenaires africains qu’il juge proactifs dans cette démarche.

L’ambition d’une monnaie commune « dépolluée »

L’élément central de son discours repose sur la volonté de « dépolluer » la relation monétaire. Ce terme illustre le souhait de l’Élysée de lever les soupçons d’ingérence coloniale qui pèsent sur la monnaie. Le travail se poursuit actuellement avec l’UEMOA pour finaliser les aspects techniques de cette séparation.

Au-delà de la zone franc actuelle, Emmanuel Macron encourage l’ensemble de la CEDEAO à converger vers une monnaie commune. Cette vision vise à construire une architecture financière régionale qui ne soit plus perçue comme un prolongement de l’influence française, mais comme un véritable outil de souveraineté partagée.

Une nouvelle géopolitique des partenaires

La liste des dirigeants cités par le président français dessine une nouvelle carte diplomatique pour Paris. En mentionnant William Ruto, Bola Tinubu et Alassane Ouattara, il s’entoure de figures de poids sur le continent.

Plus significatif encore, l’inclusion du nouveau président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, aux côtés de l’action passée de Macky Sall, montre une volonté de dialogue avec les courants souverainistes. Macron semble vouloir prouver que son projet de réforme peut s’aligner avec les aspirations de rupture portées par la nouvelle garde politique ouest-africaine.

Si le discours d’Emmanuel Macron se veut résolument tourné vers l’avenir, la réalité du terrain reste complexe. Alors que les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) s’orientent vers des logiques de rupture plus radicales, la stratégie de « dépollution » progressive proposée par la France devra passer l’épreuve des faits.

Le passage à l’ECO reste suspendu à des décisions politiques et économiques majeures au sein de la CEDEAO, où la méfiance envers l’ancien partenaire colonial demeure un moteur puissant des opinions publiques. Ce « grand nettoyage » suffira-t-il à rétablir la confiance ? Le débat est loin d’être clos.


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