CHRONIQUE – L’affaire Omar Artan : Quand l’UEFA répare l’injustice d’un Mondial, le silence assourdissant des institutions africaines

Publié par

le

Par la Rédaction – Burkina Yawana

Le rideau se lève aujourd’hui sur la Coupe du Monde 2026 en Amérique du Nord. Une fête planétaire qui laisse pourtant un goût amère de discrimination et d’injustice sur le continent africain.

Alors que les projecteurs s’allument à Mexico, l’Afrique du football retient une autre image : celle d’Omar Abdulkadir Artan, sacré meilleur arbitre africain de l’année 2025, refoulé comme un malpropre par la police des frontières à son arrivée à l’aéroport de Miami, et ce, malgré un visa américain en bonne et due forme.

Mais au-delà du scandale diplomatique et sportif imposé par Washington, c’est le spectacle de la faillite des institutions africaines – la Confédération Africaine de Football (CAF) et l’Union Africaine (UA) – qui suscite l’indignation générale. Plus qu’une déception, c’est une véritable capitulation morale.

Le silence des « carpes » africaines

Face à l’humiliation infligée à l’arbitre somalien de 34 ans, retenu onze heures durant en cellule de rétention avant d’être expulsé, on aurait pu s’attendre à une levée de boucliers immédiate du football africain. Une protestation officielle de la CAF, une demande d’explications à la FIFA ou une marque publique de solidarité d’envergure. Rien. La CAF est restée muette comme une carpe, s’enfermant dans une passivité consternante.  

Le comble du cynisme s’est joué ces dernières heures. Après avoir feint l’ignorance, l’instance panafricaine s’est empressée de relayer, sans la moindre pudeur, un communiqué conjoint annonçant que l’UEFA confiait à Omar Artan le sifflet de la prestigieuse Supercoupe d’Europe le 12 août prochain à Salzbourg. La CAF tente de s’attribuer les lauriers d’un « accord de coopération » avec l’Europe pour masquer son propre manque de courage politique.

Quant à l’Union Africaine (UA), l’institution politique suprême du continent n’a pas fait mieux. Dans son communiqué solennel publié pour saluer le coup d’envoi de la compétition planétaire, l’UA a réussi le tour de force d’ignorer totalement le cas de l’officiel somalien. Pas un mot, pas une ligne de regret ou de soutien pour un citoyen africain victime de l’arbitraire des politiques de visa occidentales.

Quand l’Europe donne une leçon de dignité à l’Afrique

L’ironie de cette affaire est mordante, presque humiliante pour nos dirigeants. Il aura fallu que l’UEFA – une instance européenne – prenne ses responsabilités pour laver l’affront fait à notre sifflet national. En confiant le choc entre le Paris Saint-Germain et Aston Villa à Omar Artan, Aleksander Ceferin a envoyé un signal fort : « Le football est fait pour rapprocher les gens… et promouvoir les valeurs fondamentales d’unité et de non-discrimination ».   Pendant que Gianni Infantino (FIFA) se retranche derrière l’argument facile selon lequel la fédération internationale « ne contrôle pas la police des gouvernements », l’UEFA a agi. Elle a offert le terrain de la justice sportive là où les instances africaines n’ont offert que l’abandon.

Un complexe d’infériorité institutionnel qui persiste

L’attitude de la CAF et de l’UA soulève une question fondamentale que Burkina Yawana ne peut éluder : jusqu’à quand nos institutions courberont-elles l’échine devant les excès des superpuissances ?

Le refoulement d’Omar Artan, sous le prétexte fallacieux de « soupçons » de liens indirects – une formule fourre-tout souvent réservée aux ressortissants de la Corne de l’Afrique – méritait un traitement politique fort. En choisissant le profil bas, la CAF démontre qu’elle préfère préserver ses relations diplomatiques avec la FIFA et les puissants bailleurs plutôt que de défendre l’intégrité et l’honneur de ses propres enfants.

Aujourd’hui, Omar Artan est rentré à Mogadiscio la tête haute, accueilli en héros par son peuple et fort d’un grand rendez-vous européen en août. Les institutions africaines, elles, restent couchées. Ce Mondial 2026 commence à peine, mais l’Afrique a déjà perdu le match de la dignité institutionnelle.


En savoir plus sur Burkina Yawana

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Votre commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

En savoir plus sur Burkina Yawana

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture