Burkina : Un artiste ne peut pas rester neutre face au destin de son peuple, assure Oscibi Jhoann

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C’est le jour J pour la scène reggae burkinabè. Ce vendredi soir, la grande salle du CENASA à Ouagadougou accueille les ultimes réglages avant le grand retour sur scène d’Oscibi Jhoann. Après des mois d’une préparation rigoureuse et un travail d’orfèvre sur les sonorités, l’artiste – fraîchement sacré aux Marley d’Or 2026 – monte sur les planches avec la ferme promesse de tout casser et d’offrir une prestation mémorable à son public. Mais au-delà du spectacle vivant, le reggaeman refuse la neutralité face au destin de sa Nation. Patriote assumé, il livre une parole sans concession sur son évolution idéologique, sa rupture avec le Balai Citoyen, ses réponses à ses détracteurs et son soutien affirmé à la dynamique de souveraineté nationale.

Entretien réalisé par André Yaméogo (stagiaire) – Burkina Yawana

Burkina Yawana : Vous êtes en concert ce vendredi soir au CENASA de Ouagadougou. Après des mois d’entraînement intensif, à quoi le public doit-il s’attendre pour ce grand rendez-vous ?

Oscibi Jhoann : Le public doit s’attendre à quelque chose d’extraordinaire ! Nous avons préparé ce spectacle pendant des mois pour offrir une prestation d’une qualité irréprochable. Ce soir, sur la scène du CENASA, il y aura des titres inédits, une sonorisation aux normes internationales, une scénographie lumineuse travaillée et une organisation au millimètre. Nous allons tout donner pour que ce soit un moment intense de communion et de partage avec tous ceux qui nous soutiennent depuis tant d’années.

Burkina Yawana : Après votre sacre aux Marley d’Or 2026, ressentez-vous une responsabilité plus lourde vis-à-vis de la jeunesse et de vos mélomanes ?

Oscibi Jhoann : Absolument. Une telle récompense n’est pas seulement une distinction personnelle ; c’est avant tout une charge et une responsabilité. Elle prouve que le peuple burkinabè suit mon travail, écoute mon message et y adhère. Cela m’oblige à maintenir une exigence artistique élevée, à perfectionner mes prestations et à continuer de porter des messages utiles, constructifs et éducatifs pour notre société.

Burkina Yawana : Au-delà de ce récent trophée, quelle est la distinction qui a le plus profondément marqué votre carrière, et pourquoi ?

Oscibi Jhoann : La distinction qui m’a le plus marqué reste sans conteste ma décoration comme Chevalier de l’Ordre de l’Étalon. C’est la reconnaissance institutionnelle de mon engagement indéfectible envers la Nation. Le reggae n’est pas une musique d’apparat ou une quête de trophées superflus : c’est un art de combat. Il existe pour défendre l’orphelin, la veuve, la justice sociale et l’équité. Voir cet engagement reconnu par l’État a une valeur particulière à mes yeux.

Burkina Yawana : Votre titre « Mêm Toré » met en avant la souveraineté. Quel message fort vouliez-vous transmettre au peuple burkinabè ?

Oscibi Jhoann : Mêm Toré, c’est un appel à la conscience et à la dignité. Je voulais dire à mes compatriotes que nous avons absolument tout pour réussir par nous-mêmes. Notre pays regorge de ressources humaines valeureuses et de richesses naturelles exceptionnelles. Ce qui nous a longtemps manqué, c’est la pleine confiance en notre propre potentiel. Si nous brisons les chaînes de la dépendance mentale et que nous croyons en nos capacités, nous bâtirons notre propre développement, en toute souveraineté.

Burkina Yawana : Dans le contexte actuel, quelle doit être, selon vous, la véritable mission d’un artiste reggae dans le Burkina Faso de la Révolution ?

Oscibi Jhoann : L’artiste reggae ne peut pas rester neutre face au destin de son peuple. Sa mission est d’incarner la justice, la dignité et la souveraineté. Il a le devoir patriotique de soutenir les luttes de libération et d’accompagner sans réserve toutes les actions qui vont dans le sens de l’intérêt supérieur de la Nation et de la sauvegarde de la patrie.

Burkina Yawana : Vous êtes reconnu pour votre musique, mais aussi pour votre parcours de militant. D’où vous vient ce besoin viscéral d’implication dans la vie de la cité ?

Oscibi Jhoann : Mon engagement est tout simplement naturel, il coule dans mes veines. J’ai toujours refusé l’idée qu’un artiste puisse rester spectateur des souffrances ou des batailles de son peuple. Pour moi, ma guitare et mon militantisme poursuivent un seul et même objectif : apporter ma pierre à l’édification d’un Burkina Faso plus juste, plus libre et pleinement maître de son destin.

Burkina Yawana : Justement, vous avez été une figure emblématique du mouvement « Le Balai Citoyen » avant d’afficher vos distances. Quelles sont les raisons profondes de cette rupture ?

Oscibi Jhoann : Après l’Insurrection populaire, nous avons vu beaucoup d’espoirs trahis et déçus par les régimes politiques qui ont suivi. L’engagement ne doit pas être un dogme figé, mais une quête de résultats pour la Nation. Avec la vision portée par les autorités actuelles, j’ai vu s’amorcer une rupture historique et une véritable dynamique de transformation nationale. Mon choix est clair : je préfère soutenir des actes concrets de libération nationale plutôt que de rester ancré dans une posture d’opposition stérile.

Burkina Yawana : Suite à cette prise de position, certains de vos anciens camarades vous qualifient ouvertement de « vendu » ou prétendent que vous avez trahi la lutte. Que leur répondez-vous ?

Oscibi Jhoann : Je réponds que ma conscience est mon seul juge et que mes convictions ne tremblent pas face aux invectives. Je prends mes décisions en homme libre, en fonction de ce que je juge bon pour mon pays. Ma ligne de conduite n’a jamais changé : je suis engagé pour la dignité nationale, la souveraineté retrouvée et la lutte acharnée contre l’impérialisme. Si défendre la Patrie aux côtés de ceux qui la libèrent est perçu comme une trahison par certains, alors ils se trompent de combat.

Burkina Yawana : Quel regard portez-vous aujourd’hui sur l’évolution du monde artistique et son rapport à l’engagement citoyen ?

Oscibi Jhoann : Je constate parfois un fossé regrettable entre les discours de certains artistes et la réalité de leurs actes. L’engagement ne doit pas être un vêtement que l’on porte selon les tendances ou les intérêts du moment. J’invite mes confrères à faire preuve de cohérence, à assumer leurs prises de position avec courage et à faire passer l’intérêt de la Nation avant les considérations individuelles.

Burkina Yawana : Selon vous, un artiste doit-il soutenir l’action des autorités dès lors qu’elle sert la Nation, tout en préservant son libre arbitre ?

Oscibi Jhoann : Absolument. L’indépendance de l’esprit n’est pas l’aveuglement. Lorsqu’un gouvernement prend des mesures patriotiques, combat pour la sécurité du territoire et redonne sa fierté au peuple, le devoir de tout citoyen – et à plus forte raison de l’artiste – est d’apporter sa pierre à l’édifice. Soutenir ce qui est bon pour la Patrie, c’est cela la vraie responsabilité citoyenne.

Burkina Yawana : Quels sont les leviers essentiels pour consolider durablement la paix, la sécurité et la cohésion sociale au Burkina Faso ?

Oscibi Jhoann : Le premier levier, c’est l’unité nationale sacrée. Nous devons faire bloc face aux forces du mal. Le deuxième, c’est l’affermissement de notre souveraineté sous toutes ses formes : militaire, économique et culturelle. Enfin, nous devons cultiver la solidarité agissante entre fils et filles du pays. C’est en restant soudés et fermes sur nos principes que nous bâtirons une paix inébranlable.

Burkina Yawana : Sur le plan purement musical, quels sont vos prochains défis après le concert de ce soir ?

Oscibi Jhoann : Pour vous dire la vérité, à l’heure où je vous parle, 100 % de mon énergie est concentrée sur le spectacle de ce soir au CENASA. Nous voulons marquer les esprits. Dès demain, nous rouvrirons les dossiers d’avenir : il y aura évidemment de nouvelles créations, un nouvel opus en chantier et d’autres projets d’envergure, mais chaque chose en son temps.

Burkina Yawana : Si vous aviez le Capitaine Ibrahim Traoré en face de vous en cet instant précis, que lui diriez-vous ?

Oscibi Jhoann : Je lui dirais de tenir bon et de poursuivre avec la même détermination les réformes courageuses engagées pour la souveraineté, le développement et la dignité de notre cher pays. Je lui dirais de garder toujours cette proximité avec le peuple, d’être à l’écoute des masses populaires et de continuer à placer l’intérêt suprême du Burkina Faso au-dessus de tout.


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