Où est passé le président Paul Biya ? Alors que le chef de l’État camerounais n’a pas fait d’apparition publique depuis plus de sept semaines, le silence du palais d’Étoudi alimente toutes les spéculations. Dans un pays confronté à de lourds défis sécuritaires et économiques, l’opposition dénonce une vacance de fait du pouvoir et une gestion sous « pilotage automatique ».
Par la rédaction – Burkina Yawana
C’est un chiffre qui commence à peser lourd dans le débat politique camerounais : 50 jours. Depuis son apparition au sommet Chine-Afrique à Pékin début septembre, le président Paul Biya, 91 ans dont 42 passés à la tête du Cameroun, s’est effacé des radars. Pas de conseils des ministres récents, aucune prise de parole directe lors des derniers événements internationaux majeurs, et un agenda officiel désespérément vide.
Le « silence d’État » comme mode de gouvernement
L’absence du chef de l’État remet en lumière une constante de la politique camerounaise : l’usage du silence non pas comme un vide, mais comme un instrument central de pouvoir. Depuis plus de quatre décennies, Paul Biya a érigé la rareté de sa parole et la distance physique en stratégie de règne, instaurant une forme de pouvoir par l’attente et le mystère. En se rendant invisible, le sommet de l’État échappe à l’injonction de justification immédiate, laissant les ministres et les conseillers s’exposer en première ligne.
Du côté des autorités, on martèle d’ailleurs que « le président travaille » et que la situation est parfaitement sous contrôle. Les communicants du gouvernement dénoncent des « rumeurs malveillantes » et rappellent que le chef de l’État dispose du droit constitutionnel de gérer son agenda et de se reposer.
Mais pour l’opposition et une large partie de la société civile, ce qui s’apparentait autrefois à une stratégie de verrouillage ressemble désormais à une démission institutionnelle. La méthode atteint ses limites face à la réalité d’un pays qui exige des arbitrages quotidiens. Comme le résume un cadre de l’opposition à Yaoundé, le Cameroun ne peut pas être dirigé indéfiniment par procuration ou par de simples communiqués du cabinet civil, au risque de laisser l’État dériver à l’aveugle.
Guerre des clans et succession en filigrane
Derrière ce vide apparent au sommet, c’est toute la question de la transition politique qui refait surface avec force. À l’approche de la présidentielle de 2025, l’incertitude autour de la condition physique du doyen des dirigeants africains aiguise les appétits au sein même du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC).
En coulisses, la bataille fait rage entre le premier cercle familial associé au secrétariat général de la présidence, soupçonné d’exercer la réalité de la signature présidentielle, et les barons historiques du régime qui cherchent à préserver l’appareil face aux velléités de réformes poussées par l’opposition.
Un impact direct sur les urgences nationales
Cette paralysie au sommet survient dans un contexte particulièrement délicat pour le Cameroun. Entre la crise socio-politique persistante dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, la menace sécuritaire de Boko Haram dans l’Extrême-Nord et la cherté de la vie qui étouffe le quotidien des citoyens, le manque d’impulsion politique se fait cruellement sentir.
Au Cameroun, chaque jour sans image ni discours du président Biya rapproche un peu plus le pays du moment de vérité.

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