L’ancien président guinéen s’est affiché tout sourire le 3 août dernier à Ciudad de la Paz lors de la commémoration du coup d’État de Teodoro Obiang Nguema Mbasogo. Une apparition publique qui met en lumière une criante incohérence politique.
Par la rédaction – Burkina Yawana
La photo qui passe mal
Il y a des clichés qui en disent plus long que de longs discours. Sur la photo publiée sur ses propres réseaux sociaux, on aperçoit Alpha Condé, tiré à quatre épingles, installé confortablement à la table d’honneur aux côtés de la Première dame équato-guinéenne, Constancia Mangue de Obiang. Le motif de ces festivités ? Les 47 ans du « Coup de la Liberté », le putsch par lequel Teodoro Obiang a renversé son oncle Francisco Macías Nguema en 1979.
Pour l’ex-chef d’État guinéen, renversé en septembre 2021 par le colonel Mamadi Doumbouya, la démarche ne manque pas d’audace. Depuis son exil, Alpha Condé n’a en effet de cesse de clouer au pilori la les autorités de Conakry, dénonçant sans relâche la rupture de l’ordre constitutionnel et « l’illégitimité des armes ».
Les deux poids, deux mesures de l’éthique démocratique
Cette séquence illustre à merveille le grand écart idéologique dont sont parfois capables les figures politiques du continent. D’un côté, le putsch subit à Conakry est perçu comme un acte criminel et un recul démocratique inacceptable. De l’autre, le putsch célébré à Ciudad de la Paz devient un événement commémoratif glamour auquel l’ancien président se dit honoré d’assister.
« Honoré de prendre part au dîner officiel… » : les mots choisis par Alpha Condé soulignent un pragmatisme politique qui frise l’amnésie sélective.
Une tournée africaine aux visées politiques
Installé depuis quelque temps à Brazzaville sous l’œil bienveillant de Denis Sassou Nguesso, Alpha Condé semble avoir engagé une manœuvre de réhabilitation diplomatique. En multipliant les déplacements et les apparitions aux côtés de dirigeants historiques du continent, l’octogénaire tente visiblement de rebâtir son réseau et de maintenir son ombre portée sur la scène politique guinéenne.
Mais en affichant une telle complaisance envers un régime né d’un coup d’État militaire, l’ancien opposant historique risque d’écorner un peu plus sa stature morale. Pour ses détracteurs comme pour de nombreux observateurs de la sous-région, le message renvoyé est clair : la critique du putschisme s’arrête là où commencent les intérêts personnels.

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