À l’Académie de Police de Pabré, le ministre de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme (MCCAT), Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, a livré une vision sans détour du rôle du journaliste burkinabè contemporain. Dans un contexte de mutation profonde et de quête de souveraineté, la presse nationale est appelée à sortir de la neutralité spectatrice pour devenir un acteur conscient de l’avenir du pays.
Par la rédaction – Burkina Yawana
La citation repère
« Un journaliste professionnel et pas patriote est une menace. Un journaliste professionnel et patriote mais qui n’est pas engagé est un spectateur passif dans un contexte où s’écrivent les plus belles pages de l’histoire de son pays », Pingdwendé Gilbert Ouédraogo.
1. La fin du confort de la neutralité illusoire
Prononcée face aux professionnels des médias en session d’immersion à l’Académie de Police de Pabré, cette déclaration recadre l’exercice journalistique au Burkina Faso autour de trois piliers indissociables : le professionnalisme, le patriotisme et l’engagement.
Pendant des décennies, la théorie classique des médias a vanté la posture d’un journaliste « observateur neutre », placé au-dessus de la mêlée. Or, dans une phase critique où un peuple combat pour sa dignité, sa sécurité et sa souveraineté, la neutralité absolue tend à se confondre avec la passivité. L’intervention du ministre vient frapper au cœur de ce dogme : la technique sans éthique nationale devient une arme retournée contre la Nation, et le patriotisme sans action reste un vœu pieux.
La formule de l’engagement
L’excellence de la presse repose sur l’alliance étroite entre le professionnalisme (qui garantit la rigueur et la vérité des faits), le patriotisme (qui insuffle la loyauté envers la Nation) et l’engagement (qui concrétise l’action narrative). Réunis, ces trois éléments transforment le journaliste en un véritable acteur de l’avenir national.
2. Déconstruction du triptyque ministériel
Pour saisir toute la portée de la réflexion portée à Pabré, il convient de décomposer la dialectique du ministre :
Le professionnel non patriote : la menace invisible
Un journaliste doté d’une grande maîtrise technique mais dépourvu de conscience patriotique présente un risque majeur. Par quête du « scoop », alignement sur des agendas extérieurs ou complaisance, sa plume peut fragiliser le moral social, saper la cohésion nationale ou relayer des récits déstabilisateurs. La compétence technique devient alors le vecteur d’une nuisance maximisée.
Le patriote non engagé : le spectateur de son propre peuple
Aimer son pays ne suffit pas s’il s’agit d’un sentiment contemplatif. Le journaliste qui observe les sacrifices de son peuple, la reconquête du territoire et la réinvention des institutions sans y apporter sa contribution narrative demeure un observateur distant. Dans la fabrique du récit collectif, le silence ou la réserve frileuse équivalent à une désertion du champ de la bataille informationnelle.
Le journaliste accompli : le communicant souverain
L’équation idéale fixée par le MCCAT associe l’excellence technique à la loyauté envers la patrie et à l’action concrète. Ce journaliste ne trahit pas les faits : il les éclaire à la lumière de l’intérêt supérieur de la Nation. Il participe activement à la guerre de l’information et à la construction de la mémoire commune.
3. Façonner l’avenir : L’enjeu de la souveraineté narrative
Dans le cadre des sessions d’immersion à l’Académie de Police, l’objectif affiché est d’immerger les acteurs des médias dans la réalité des forces de défense et de sécurité, afin de créer une symbiose entre l’action du terrain et la plume de l’information.
Le Burkina Faso traverse une période charnière où se redessinent les contours de sa souveraineté politique, économique et culturelle. Les journalistes ne sont pas seulement les chroniqueurs de cette trajectoire : ils en sont les gardiens et les amplificateurs.
Ce rôle exige d’abord de combattre la désinformation en contrant les narratifs hégémoniques et les campagnes de déstabilisation de la presse internationale ou des réseaux sociaux. Il demande ensuite de valoriser la résilience nationale en mettant en lumière les victoires, les efforts collectifs et la détermination du peuple burkinabè. Enfin, il impose de proposer une critique constructive permettant d’interpeller et d’analyser, non pas dans le but de détruire ou de décourager, mais dans celui d’édifier et d’unir.
Conclusion : Le serment de la plume burkinabè
L’appel du MCCAT Pingdwendé Gilbert Ouédraogo retentit comme un manifeste pour un journalisme réinventé au Burkina Faso. Face aux mutations en cours, la presse nationale est mise au défi d’assumer sa responsabilité fondamentale.
Être journaliste au Burkina aujourd’hui, ce n’est plus seulement rapporter des événements : c’est prendre part à la construction de la Nation, la plume à la main, avec la certitude que chaque mot rédigé contribue à bâtir ou à fragiliser le destin de la Patrie.

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