Musique : Avec « Rap patrimoine », Frère Malkhom signe un retour engagé et transmet le flambeau de l’originalité

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Après plusieurs années d’observation et de maturation, la figure majeure du hip-hop burkinabè, Frère Malkhom, marque son grand retour dans le paysage musical avec « Rap patrimoine ». Dans un entretien exclusif accordé à la rédaction de Burkina Yawana, l’artiste revient sur la genèse de ce projet ambitieux de 18 titres, sa vision de la souveraineté culturelle et le devoir de transmission envers la nouvelle génération.

Par la rédaction – Burkina Yawana

La mémoire culturelle conserve parfois les stigmates des crises sanitaires. Pour Frère Malkhom, le souvenir du précédent opus, « Antikouman », reste marqué par un rendez-vous manqué avec le public : « Mon dernier album est sorti juste avant le coronavirus. Dès sa sortie, tout a été fermé : les bars, les salles de spectacle. L’album est presque mort-né. Le show-business burkinabè et mondial s’est arrêté, l’album n’a pas pu faire le moindre pas », confie-t-il. Confronté à cet arrêt brutal, l’artiste a dû repenser sa démarche, tirer les leçons de cette expérience et inscrire son travail dans une perspective de durabilité et de survie artistique. C’est de cette longue traversée qu’est né « Rap patrimoine ».

Affiche officielle du nouvel album. DR/ Frère Malkhom

Une création prolifique sous le signe de la transmission

Loin de l’assécher, cette période de retrait a libéré un flux créatif exceptionnel. Le nouvel opus compte 18 titres, mais il aurait pu en comporter davantage : « Il y a six titres qui ne sont pas sortis, ça aurait pu être 24 titres. C’est dû à l’inspiration. Après toutes ces années de pause, quand j’ai repris, j’avais tellement envie de chanter, de faire des choses. J’arrivais même à faire une nouvelle chanson tous les deux jours », explique le rappeur.

Le titre de l’album résume à lui seul l’identité du projet : un rap ancré dans les racines et inspiré par le patriotisme burkinabè. À travers cet opus, Frère Malkhom ambitionne de transmettre son savoir-faire aux jeunes pousses du hip-hop local. Pour le fondateur du groupe mythique qui a écumé les scènes internationales, l’originalité reste le seul véritable passeport artistique : « Ce mélange a fait ses preuves lors de mes tournées partout dans le monde. C’est grâce à cela qu’on était particuliers avec mon groupe à l’époque, on ne ressemblait à personne. Aujourd’hui, tous les rappeurs se ressemblent, chacun rappe comme l’autre. Ce n’est pas un avantage pour prétendre aux grands festivals : les organisateurs cherchent des artistes originaux, avec une identité propre. »

Pour concrétiser cette passerelle intergénérationnelle, l’album accueille des collaborations transversales, réunissant la vieille garde et la jeune scène. « Je me considère comme une génération intermédiaire entre les plus anciens et les plus jeunes. Je prends avec les plus anciens pour le donner aux plus petits afin de continuer le combat. C’est la transmission de ce qu’on a de plus cher », affirme-t-il.

Les titres et la fiche technique de l’album « Rap patrimoine ». DR/ Frère Malkhom

Un engagement souverainiste face aux enjeux du moment

Fidèle à son parcours, Frère Malkhom conserve une ligne direction artistique tranchée. L’engagement, dit-il, découle d’un refus viscéral de l’injustice. L’album aborde directement les tensions géopolitiques actuelles et la quête de souveraineté du continent : « Notre actualité aujourd’hui, ce sont toutes ces agressions extérieures, ces manigances pour que le continent africain sombre. Je l’ai traité avec une prise de position claire. Ma position est nationale, burkinabè et africaine. Je suis contre toute sorte de domination, qu’elle soit interne ou externe. La domination, c’est de l’injustice. »

Réalisé en autonomie technique – 80 % de l’album ayant été produit par l’artiste lui-même -, « Rap patrimoine » se passe d’artifices marketing excessifs. Pour l’auteur, l’essentiel réside dans le lien direct avec le public et la portée du message.

En cette période charnière de l’histoire nationale, l’artiste lance un appel à la conscience collective et au sens des responsabilités : « On traverse une période compliquée, mais aussi quelque chose d’extraordinaire parce qu’on voit comment le pays se construit. En même temps qu’on fait face à la guerre, on réalise de grandes choses. Nous sommes témoins des deux. Qu’on reste concentrés, qu’on fasse tout pour que notre pays reste debout. Ce qui arrive de grave aux pays en crise où les gens deviennent des réfugiés peut arriver à tout le monde si l’on n’y prend garde. Nous devons être responsables : c’est le pays avant tout. »

Frère Malkhom lors d’une séance photo. DR/ Frère Malkhom – Montage/ Burkina Yawana

À propos : Frère Malkhom, plus de deux décennies au service du hip-hop engagé

Pionnier incontournable du mouvement hip-hop au Burkina Faso, Frère Malkhom (de son vrai nom Salifou Ouédraogo) a marqué l’histoire de la musique urbaine africaine dès la fin des années 1990 au sein du mythique groupe Faso Kombat. Figure de proue d’un rap conscient et identitaire, il s’est distingué par sa capacité à fusionner les rythmes traditionnels burkinabè aux sonorités urbaines modernes. En solo, à travers des albums marquants et des prestations sur les plus grandes scènes internationales, l’artiste-producteur a toujours fait du micro une arme de sensibilisation sociale et de revendication patriotique. Également opérateur culturel et beatmaker accompli, Frère Malkhom incarne aujourd’hui cette mémoire vivante et cette figure de pont entre la mémoire des devanciers et le renouveau de la création africaine.


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