À New York, les diplomates défilent, les discours s’enchaînent et la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU résonne à nouveau des promesses d’un monde plus juste. En coulisses, une musique bien connue refait surface : la réforme du Conseil de sécurité et l’octroi d’un siège permanent à l’Afrique. António Guterres lui-même qualifie l’absence du continent d’injustice historique. Mais la véritable question est ailleurs : un fauteuil de plus dans les salons de Manhattan sauvera-t-il nos nations ?
Pour les États de l’Alliance des États du Sahel (AES) – le Burkina Faso, le Mali et le Niger -, la réponse est désormais sans équivoque. La souveraineté ne s’octroie pas au terme d’un vote diplomatique à l’autre bout du monde ; elle s’impose et se bâtit au quotidien sur le terrain. Alors que le Sahel fait face à des défis sécuritaires, économiques et territoriaux vitaux, croire qu’une simple représentation symbolique au Conseil de sécurité résoudra nos crises relève de l’illusion.
L’histoire récente de l’ONU en Afrique de l’Ouest parle d’elle-même. Des décennies de résolutions, de missions de paix budgétivores et de rapports d’experts n’ont ni empêché l’extension du terrorisme, ni garanti la stabilité de nos institutions. Pire encore, le droit de veto détenu par les grandes puissances continue de paralyser le système international dès que les intérêts stratégiques des puissants sont en jeu. Obtenir un siège permanent sans remettre en cause ces règles du jeu asymétriques reviendrait à accepter une figuration dorée.
C’est précisément cette rupture de doctrine qu’incarne l’AES. En affirmant une diplomatie de contestation et d’autonomie, Bamako, Niamey et Ouagadougou rappellent une vérité fondamentale : l’Afrique doit cesser d’être le théâtre des rivalités géopolitiques étrangères ou une simple pétitionnaire en quête de reconnaissance. La représentativité à l’ONU est un droit, non une faveur. Mais elle reste secondaire face à la priorité absolue : la refondation interne de nos États, la maîtrise de nos ressources et l’autosuffisance sécuritaire.
Un siège à l’ONU ne pansera pas nos plaies si nous continuons d’attendre de l’extérieur les solutions à nos propres maux. L’avenir du Sahel ne se jouera ni dans les couloirs du Conseil de sécurité, ni sous le marteau des réunions multilatérales. Il s’écrit ici, par la détermination de nos peuples et la consolidation de nos alliances régionales. Il est temps de changer de paradigme : la dignité de l’Afrique ne se négocie pas à New York, elle se conquiert à la maison.

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