Quatre ans du capitaine Ibrahim Traoré : bilan et perspectives d’un cap souverainiste

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Ce mercredi 30 septembre 2026 marque jour pour jour quatre années d’exercice du pouvoir par le capitaine Ibrahim Traoré à la tête du Burkina Faso. Arrivé au pouvoir à 34 ans dans un contexte de crise sécuritaire et institutionnelle aiguë, le chef de l’État a engagé le pays dans une profonde refondation souverainiste, axée sur l’effort de guerre, l’autonomie économique et la rupture diplomatique.

À l’heure de cet anniversaire charnière, Burkina Yawana propose un grand dossier d’analyse chiffré et de terrain, retraçant la trajectoire des quatre dernières années, les grandes réalisations socio-économiques et militaires, ainsi que les perspectives d’avenir pour la nation.

Par la rédaction – Burkina Yawana (propos recueillis par Abibata Kara et Rakieta Ouédraogo)

1. Les circonstances du 30 septembre 2022 : le sursaut des officiers de terrain

Le contexte de rupture avec le régime Damiba

En septembre 2022, le Burkina Faso traverse une passe particulièrement sombre de son histoire contemporaine. Huit mois seulement après le renversement du président Roch Kaboré par le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, la dégradation de la situation sécuritaire s’est considérablement accélérée sur l’ensemble du territoire national. L’attaque sanglante du convoi de ravitaillement à Gaskindé, survenue le 26 septembre 2022, fait office de détonateur au sein de l’institution militaire. La frustration et le mécontentement gagnent alors les jeunes officiers directement engagés sur le front, qui reprochent ouvertement à la hiérarchie son inertie, le manque d’équipements adaptés et des choix stratégiques inefficaces face à la menace armée.

La prise de pouvoir du 30 septembre et l’avènement de la RPP

Le vendredi 30 septembre 2022, de violents tirs retentissent au camp militaire Baba Sy ainsi que dans plusieurs quartiers stratégiques de la capitale. En fin de journée, un groupe de jeunes militaires en treillis apparaît à la Télévision Nationale (RTB) pour annoncer la destitution du président Damiba. Le capitaine Ibrahim Traoré est propulsé à la tête du Mouvement Patriotique pour la Sauvegarde et la Restauration (MPSR).

Instaurant un discours axé sur la franchise, la rigueur et le don de soi, Ibrahim Traoré invoque un « sursaut patriotique » indispensable face à la dérive sécuritaire. Investi président par le Conseil constitutionnel le 21 octobre 2022, il renonce symboliquement au traitement présidentiel pour conserver sa solde de capitaine, donnant ainsi le ton d’une « gouvernance par l’exemple ».

La trajectoire politique récente du pays s’est ainsi structurée autour de plusieurs étapes décisives. Le 24 janvier 2022, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba prend le pouvoir lors d’un premier coup d’État instaurant le MPSR 1. Huit mois plus tard, le drame sanglant de Gaskindé, survenu le 26 septembre 2022, sert de détonateur au mécontentement des troupes. Cette détérioration sécuritaire mène directement, le 30 septembre 2022, à la prise de pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré sous la bannière du MPSR 2.

Dépassant rapidement le cadre classique d’un régime intérimaire, le pouvoir s’est ancré dans une vision révolutionnaire à long terme. C’est ainsi que le 1er avril 2025, le capitaine Ibrahim Traoré proclame officiellement la Révolution progressiste populaire (RPP), marquant l’ancrage idéologique d’un État totalement engagé dans la refondation républicaine et l’autonomie nationale, rejetant la logique d’une simple période d’attente transitoire.

2. Chantier sécuritaire et soutien populaire : la reconquête du territoire

Face à la dégradation de la situation sur le terrain, la doctrine militaire du Burkina Faso a été entièrement repensée autour du concept clé de « guerre populaire de libération ». Pour concrétiser cette stratégie d’autosuffisance défensive, l’État a massivement sollicité le patriotisme citoyen en lançant le recrutement exceptionnel de plus de 50 000 Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) dès 2023, assurant un maillage territorial étroit et une défense communautaire directe face aux infiltrations armées. En parallèle, les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) ont vu leurs effectifs renforcés par l’incorporation de plus de 3 000 nouveaux militaires du rang, permettant l’opérationnalisation stratégique de plusieurs Bataillons d’Intervention Rapide (BIR) répartis sur les théâtres d’opérations stratégiques.

Cette réorganisation offensive porte aujourd’hui des résultats concrets : environ 74 % du territoire national a été réinvesti ou totalement sécurisé par les forces combattantes, ouvrant la voie au rétablissement progressif de l’administration et des services sociaux de base. Ce regain de contrôle territorial a directement facilité le retour sécurisé de près de 2 000 000 de Personnes Déplacées Internes (PDI) dans leurs localités d’origine, entraînant la réouverture de centaines d’écoles et la relance des activités agropastorales. Enfin, cette reconquête repose sur une adhésion populaire soutenue à travers le Fonds de Soutien à la Patrie (FSP), une initiative de mobilisation financière citoyenne qui permet de financer sur fonds propres l’achat d’équipements militaires lourds, de matériel blindé et de vecteurs aériens de dernière génération.

Cette priorité accordée à la sécurité trouve un écho direct auprès des citoyens rencontrés dans la capitale. Dans les rues de Ouagadougou, la situation sécuritaire occupe une place centrale dans les témoignages recueillis par l’équipe de Burkina Yawana. Plusieurs personnes interrogées, à l’image du conducteur M. Adama Sawadogo (prénom d’emprunt) qui salue les réformes dans l’armée et la gouvernance, estiment qu’il y a eu des évolutions notables. Pour Ryan Palm, étudiant en master de management de la qualité, normalisation et métrologie, le constat est clair : la sécurité a été renforcée grâce aux mesures fermes adoptées pour protéger le pays, même si de nombreux défis subsistent encore sur le terrain.

La modernisation des Forces Armées (FDS)

Sur le plan stratégique, le gouvernement a opéré une réorientation majeure de ses partenariats militaires. Après le départ acté des forces spéciales françaises du territoire national en 2023, Ouagadougou a diversifié ses alliances d’équipement et de formation en se tournant vers la Turquie, la Russie et d’autres pays partenaires. Cet axe de modernisation a permis l’acquisition stratégique de drones de combat de type Bayraktar et de matériels de reconnaissance aérienne et terrestre à haute technologie.

3. Bilan économique, souveraineté industrielle et développement urbain

Afin d’assurer une véritable autonomie financière et productive, le gouvernement a engagé d’importantes réformes structurelles visant à rompre avec le modèle de dépendance aux importations et à promouvoir la transformation locale des ressources nationales.

Principaux acquis économiques et industriels (2022-2026)

Le lancement de l’Agence pour la promotion de l’entrepreneuriat communautaire (APEC) constitue l’un des piliers novateurs du modèle économique souverainiste, permettant à la population d’investir directement des capitaux citoyens dans la création et la gestion d’unités d’incubation et d’usines de transformation agroalimentaire et industrielle, notamment dans les filières de la tomate, du sucre et du textile. Cette orientation vers l’industrialisation et la transformation locale est particulièrement saluée par les Ouagalais, qui y voient un moyen efficace de renforcer l’économie nationale, de réduire la dépendance extérieure et de créer des opportunités de production sur place.

Dans le secteur de la souveraineté minière, la création de la SOPAMIB (Société de Participation Minière du Burkina) couplée à la révision du Code minier a permis à l’État de reprendre la main sur ses ressources précieuses. Ce virage s’est matérialisé par l’inauguration de la toute première raffinerie d’or nationale ainsi que par l’exploitation directe de la mine d’État Bouboulou S.A.

En matière de renforcement industriel, les autorités ont orchestré la reprise sous gestion étatique stratégique de plusieurs fleurons économiques fragilisés comme la SN-Citec et la SN-Sosuco. Ces nationalisations s’accompagnent du développement du complexe textile souverain à Bobo-Dioulasso, conçu pour valoriser le coton burkinabè sur place.

L’Offensive Agropastorale et Halieutique vise quant à elle l’autosuffisance alimentaire durable à travers la distribution massive d’équipements agricoles aux producteurs, la mécanisation des cultures, l’octroi de subventions sur les engrais et le labourage gratuit des terres, soutenu par la fourniture de semences à haut rendement. Pour les citoyens comme Pengdwendé Kiema, cette politique agricole constitue l’un des faits marquants des quatre dernières années, matérialisant la volonté d’atteindre une réelle souveraineté alimentaire.

Au-delà des grands chantiers ruraux, les transformations touchent le cadre de vie urbain. Des visiteurs comme Baké Moufidath Bagoudou, vacancière togolaise, soulignent les aménagements visibles dans la capitale, notamment les travaux routiers et la construction de ponts. De son côté, l’étudiante Nelly Ariane Komikorgo associe les changements urbains à l’initiative citoyenne Faso Mêbo. Néanmoins, les attentes en matière d’infrastructures restent fortes : de nombreux habitants appellent à l’extension des voies goudronnées vers les zones enclavement où les déplacements quotidiens demeurent éprouvants.

4. Diplomatie et géopolitique : la rupture de l’AES

Sur le plan diplomatique, la présidence d’Ibrahim Traoré s’est affirmée par un repositionnement géopolitique sans précédent sur le continent africain.

La rupture avec les partenaires traditionnels s’est concrétisée en janvier 2024 par l’annonce du retrait sans délai du Burkina Faso de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), conjointement avec le Mali et le Niger, parallèlement à la dénonciation intégrale des accords de défense avec la France.

La consolidation de l’Alliance des États du Sahel (AES), portée par la charte du Liptako-Gourma signée le 16 septembre 2023, s’est transformée en une véritable confédération intégrant les volets de la défense commune, de la diplomatie coordonnée et du développement économique interconnecté aux côtés des gouvernements partenaires du Mali et du Niger.

La diversification des alliances stratégiques s’est traduite par la signature de multiples partenariats économiques, techniques et militaires avec des nations émergentes ou non alignées, notamment la Russie, la Chine, la Turquie, la Corée du Nord et l’Iran.

5. Perspectives et défis futurs : l’ambition des citoyens

Après quatre années de gouvernance sous l’impulsion du capitaine Ibrahim Traoré et sous l’égide idéologique de la RPP, la feuille de route du pays est définie par les chantiers de refondation institutionnelle et les aspirations populaires.

Sur le plan institutionnel, les travaux de réconciliation et de refondation constitutionnelle se poursuivent avec la rédaction en cours d’un nouveau texte fondamental aligné sur les aspirations et réalités culturelles et politiques burkinabè.

En ce qui concerne l’autosuffisance alimentaire, la montée en puissance de l’Initiative Présidentielle pour la Production Agricole (IP-P3A) vise à court terme l’arrêt complet des importations de céréales de base par la valorisation des plaines aménagées.

Au chapitre des grands projets d’infrastructures, le gouvernement prépare la modernisation des axes routiers nationaux dont la construction de l’autoroute Ouagadougou-Bobo-Dioulasso, le renforcement de la souveraineté énergétique par le solaire et la candidature conjointe au sein de l’espace AES pour l’organisation de grands événements continentaux. Ces projets répondent aux vœux exprimés par la jeunesse, à l’instar de Ryan Palm qui ambitionne de voir le Burkina Faso devenir une grande métropole et un carrefour touristique régional.

Les défis majeurs demeurent néanmoins nombreux : il s’agira d’achever la sécurisation intégrale du territoire, d’améliorer les conditions de vie quotidiennes, et de poursuivre le désenclavement des quartiers et localités rurales pour faire ressentir plus fortement les acquis de la gouvernance dans le quotidien de chaque Burkinabè.

En résumé pour Burkina Yawana

En quatre ans, le capitaine Ibrahim Traoré a profondément réorienté la trajectoire politique, militaire et économique du Burkina Faso. Entre adhésion aux réformes de souveraineté et exigences légitimes de continuité dans les chantiers d’infrastructures et de sécurité, le peuple burkinabè exprime une volonté claire : approfondir les dynamiques engagées sous l’égide de la RPP pour transformer durablement la nation.


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