Débat autour de l’AES et des révolutions au Sahel : Serges Kassy répond cash à Alpha Blondy

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Le monde du reggae ivoirien et africain est en plein débat de conscience. Suite aux déclarations d’Alpha Blondy affirmant lors d’un récent concert que « les coups d’État mettent en retard l’Afrique », le reggaeman ivoirien engagé Serges Kassy est monté au créneau. Sans citer nommément « Le Jagger », mais dans une réplique transparente et empreinte de respect, Serges Kassy a tenu à remettre les pendules à l’heure quant au rôle historique du reggae et aux réalités politiques de l’Alliance des États du Sahel (AES).

Par la rédaction – Burkina Yawana

Dans une tribune intitulée « La musique reggae et ses guides qui se trompent de chemin », l’artiste engagé rappelle d’emblée la genèse et la mission sacrée du reggae. Né des luttes des enfants d’Afrique déportés dans les îles jamaïcaines et porté par des figures emblématiques comme Bob Marley, Peter Tosh et Marcus Garvey, le reggae a toujours été une arme de combat contre l’impérialisme, l’esclavage, la colonisation et le néocolonialisme.

« L’Afrique libre et réellement indépendante est née dans le Sahel »

Profondément déçu par la posture de son « grand frère », qu’il décrit comme un artiste de renommée mondiale au talent immense, Serges Kassy estime que ce dernier n’a pas saisi la portée du tournant historique qui s’opère dans la région du Sahel : « Ce grand reggaeman mondialement connu n’a pas encore compris que le réveil de l’Afrique libre et réellement indépendante est né dans le Sahel, dans cette partie de l’Afrique occidentale appelée AES », souligne-t-il.

Pour Serges Kassy, réduire les changements politiques survenus au Burkina Faso, au Mali et au Niger à de simples « coups d’État » est une erreur d’analyse. Il s’agit avant tout de révolutions populaires portées par la volonté des peuples d’arracher leur souveraineté : « Nous, panafricains, n’avons pas vu de coups d’État réels dans ces pays, mais des révolutions populaires soutenues et voulues par ces peuples qui y vivent et qui aspirent à leur liberté longtemps confisquée dans ce néocolonialisme occidental. »

Un parallèle avec les grandes révolutions mondiales

L’artiste rappelle d’ailleurs qu’à des moments charnières de l’histoire, ce sont précisément les révolutions populaires – à l’image de la Révolution française – qui ont permis aux grandes nations de briser leurs chaînes et d’avancer vers le développement.

S’adressant directement à son aîné, Serges Kassy martèle que l’AES ne constitue en aucun cas un frein pour le continent : « Cher aîné, l’AES ce ne sont pas les coups d’État qui freinent l’évolution et le développement de l’Afrique. C’est bien le contraire : c’est l’Afrique libre qui a décidé de tourner la page de la Françafrique qui a tant nui à nos peuples, pour sa liberté et sa souveraineté vraie. »

Le reggae, outil de libération et non de résignation

En conclusion de sa tribune, Serges Kassy invite l’icône du reggae mondial à réinterroger le rôle même de leur musique commune. Pour lui, le reggae ne saurait se faire l’écho des discours institutionnels ou des statu quo néocoloniaux, mais doit rester l’amplificateur de la voix des opprimés. « Cher grand frère, tu viens de te tromper de cible. Le reggae est justement cet instrument qui encourage ces révolutions populaires des pays opprimés africains sous le joug colonial occidental », a-t-il déclaré.

Une prise de parole forte qui résonne particulièrement au sein des populations de l’espace AES, où le combat pour la souveraineté culturelle, politique et économique demeure au cœur des aspirations populaires.


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