Pour la première fois de son histoire, la caravane de sensibilisation Oskimo Tour a franchi les portes d’une maison d’arrêt. La 19ème édition de l’initiative « Jeune Propre Sans Drogue », portée par Youssouf Sawadogo dit Oskimo, s’est tenue le jeudi 12 avril à la Maison d’Arrêt et de Correction (MAC) de Pô, en présence de la direction de l’établissement, du Procureur du Faso ainsi que des détenus qui ont accepté de témoigner.
Une initiative née d’un contexte alarmant
La directrice de la MAC de Pô, l’Inspectrice Assetou Ouattara, n’a pas dissimulé son émotion à l’occasion de cet événement. « C’est un rêve qui se réalise », a-t-elle confié, elle qui suivait la caravane sur les réseaux sociaux avant de prendre contact avec le promoteur en 2025 pour que son établissement en bénéficie.

Les chiffres qu’elle avance illustrent l’ampleur du défi : près de 60 % des personnes incarcérées à Pô le seraient pour des faits liés à la consommation ou à la vente de drogue.
« Il était essentiel de passer à une étape de sensibilisation », a-t-elle souligné, rappelant que la réponse au problème ne peut se limiter à la répression.
Une première rendue possible malgré les contraintes
À l’origine, cette 19ème édition devait couvrir les villes de Gaoua, Dissin, Dano et Diébougou. Faute de moyens financiers suffisants, ces étapes ont dû être reportées.
C’est alors que la directrice Ouattara est intervenue, permettant à Oskimo Tour de se réorienter vers Pô et d’y réaliser une première historique en milieu pénitentiaire.
Le promoteur Youssouf Sawadogo a exprimé sa gratitude envers toutes les parties prenantes, citant notamment le Dr Ousmane Bougouma, Président de l’Assemblée législative du Peuple pour son soutien à cette édition.
Le Procureur appelle à étendre la démarche
Le Procureur du Faso près le Tribunal de grande instance de Pô, Arsène Bancé, a salué l’initiative, la qualifiant d’action d’importance capitale. Il a souligné que la position géographique de Pô, exposée aux flux transfrontaliers liés au trafic de drogue, rendait ce choix particulièrement stratégique.

Tout en encourageant les organisateurs à étendre la caravane à d’autres établissements pénitentiaires et scolaires, il a lancé un appel aux partenaires pour renforcer le soutien financier à cette initiative. Il s’est également réjoui de la poursuite des activités avec une étape prévue au lycée provincial de Pô.
Des témoignages qui frappent les esprits
Parmi les moments forts de la journée, les témoignages de détenus ont marqué les esprits. Ben Ali Ouédraogo, ancien détenu et ex-consommateur de drogue, a retracé son parcours avec une franchise saisissante. Promis à un bel avenir, brillant élève, comédien en devenir, sa trajectoire a été interrompue par la drogue. La perte d’un cousin par overdose a constitué le déclic. « Quand on commence, on ne sait ni quand s’arrêter, ni jusqu’où cela peut nous conduire », a-t-il témoigné.

Deux autres détenus, dont les noms ont été préservés, ont également pris la parole. L’un d’eux a reconnu avoir été convaincu par ses pairs que le cannabis apportait des « sciences » et des « minds ». Aujourd’hui, il dit avoir perdu son talent à force d’en consommer, et a saisi l’occasion pour demander pardon à sa famille.

Un appel collectif à la mobilisation
La directrice Ouattara a conclu en appelant à un engagement solidaire : « La lutte contre la drogue est une affaire de tous. Familles, autorités, citoyens : chacun doit se sentir concerné. »
Le promoteur Oskimo a, quant à lui, adressé un message direct aux parents : ne pas stigmatiser un enfant toxicomane, ne pas confondre dépendance et folie, et oser briser le silence.

« Une maladie qu’on tait est une maladie qu’on ne soigne pas », a-t-il rappelé, invitant les familles à contacter la caravane pour être orientées vers des structures d’accompagnement adaptées. La caravane devait poursuivre sa route vers le lycée provincial de Pô pour la journée du 17 avril.
Depuis 19 ans, la caravane Oskimo Tour sillonne le Burkina Faso. Elle a déjà permis d’extraire des centaines de jeunes de l’enfer de la drogue et de sensibiliser des centaines de milliers d’autres.
André Yameogo, stagiaire

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