Le samedi 11 avril 2026, le village de Kissan (province du Nayala, commune de Toma) a vibré au rythme de la culture du canton de Yaba. Femmes, enfants, jeunes, hommes et vieux se sont mobilisés pour accompagner la ferveur culturelle et traditionnelle ravivée par le Douti de Kissan, Lawamagô Somozena. Les populations de Kissan et des villages environnants sont venues en nombre célébrer la communion fraternelle et la solidarité autour des valeurs ancestrales.
Pour sa 5e édition, cette cérémonie annuelle n’a pas seulement célébré le passé ; elle a ravivé, avec une intensité rare, la flamme de la cohésion sociale indispensable au Burkina Faso. Entre effervescence culturelle et profondeur spirituelle, Kissan a prouvé que la tradition, loin d’être un vestige, demeure le socle le plus solide contre l’effritement social. Un rendez-vous d’une dignité exemplaire dont les échos résonneront longtemps en pays San.

La fièvre culturelle était intense, portée par une cérémonie riche en couleurs et en émotions. Venues de l’ensemble de la communauté San du Nayala, les populations n’ont pas voulu se faire conter cet événement, devenu une manifestation de référence.
Monté sur son cheval blanc et vêtu de la même couleur – harmonie symbolisant la noblesse de la fonction – le Douti de Kissan, accompagné des dignitaires du trône et d’une foule immense, a conduit la procession marquée par le recueillement sur les tombes des anciens chefs. Sous la clameur des femmes et les acclamations des villageois, le Douti Lawamagô Somozena a ensuite pris place sur le trône dressé pour l’occasion.

À ses côtés, de nombreux chefs sont venus témoigner leur fraternité : les chefs de canton de Yaba, de Toma et de Kougny, ainsi que plusieurs chefs de village. Signe de la vitalité de la parenté à plaisanterie qui unit Samos et Mossés depuis des siècles, la communauté moaga était également représentée. Illustrant l’amitié profonde entre le Douti de Kissan et le Larlé Naaba Tigré, une délégation de ce dernier a pris part aux festivités. Sous un soleil de plomb, mais dans une atmosphère empreinte de sérénité, l’invocation des ancêtres et les bénédictions rituelles ont ouvert un pont entre l’histoire et l’avenir. Face à l’assemblée, Lawamagô Somozena a été honoré par ses pairs pour son rôle de bâtisseur de ponts et son dévouement à la valorisation de la culture San.
S’exprimant au nom du chef de canton de Yaba, le Douti de Sena a salué cette détermination et souligné la résonance de l’événement. Il a exprimé la gratitude des autorités coutumières envers le Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré, dont les réformes législatives redonnent à la chefferie traditionnelle sa place légitime au sein de l’État.

Après les bénédictions du représentant du chef de terre et des chefs de quartier, les chefs de canton de Yaba, Toma et Kougny ont tour à tour pris la parole. Le Chef de Kougny a notamment loué l’engagement du Douti de Kissan, le décrivant comme un rassembleur dont les actions nobles inspirent une véritable fierté au sein de la communauté.
L’intervention de l’hôte du jour, Lawamagô Somozena, a véritablement marqué les esprits. Dans un plaidoyer remarqué, il a réitéré son engagement à faire des valeurs ancestrales le socle de la résilience nationale. Il a rappelé que cette célébration s’inscrit dans la dynamique du serment prêté devant les mânes des ancêtres le 10 avril 2021, lors de son intronisation, pour promouvoir la paix.
Le Douti a souligné un fait marquant : il y a deux ans, Kissan accueillait des personnes déplacées internes. Aujourd’hui, grâce au travail acharné des Forces de Défense et de Sécurité (FDS) et des VDP, tous ont pu regagner leurs localités d’origine pour contribuer au développement du pays.
Enfin, il a salué l’adoption de la loi du 14 janvier 2026 sur le statut des chefs coutumiers, ainsi que la loi relative au Bukaoré, qui renforce leur rôle dans la pacification sociale. Le Douti de Kissan a annoncé que les actions de sensibilisation sur ces nouveaux textes, déjà initiées dans le canton de Toma, se poursuivront à Yaba et Kougny. « Cette reconnaissance officielle nous donne aujourd’hui les instruments nécessaires pour mieux nous engager aux côtés de nos populations », a-t-il conclu.

Au nom de la famille princière, le colonel Christophe Ky, frère aîné du Douti, a exprimé sa fierté devant cet engagement pour la paix. C’est au son des chants et des danses traditionnelles, et sur une note de grande satisfaction, que le rendez-vous a été pris pour la prochaine édition.
Roland Ki, envoyé spécial

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