Burkina: Du diplôme à la dérive : Le poignant témoignage de Wed Hyack face aux élèves de Pô

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Le vendredi 17 avril 2026 – Après une première historique à la Maison d’Arrêt et de Correction de Pô, la 19ème édition de la caravane « Jeune Propre Sans Drogue » (Oskimo Tour) a poursuivi sa mission au lycée provincial de la ville. Devant un parterre d’élèves mobilisés, intervenants institutionnels, forces de l’ordre et artistes se sont succédé pour délivrer un message sans équivoque : la drogue détruit, et la prévention commence aujourd’hui.

La directrice de la MAC de Pô interpelle : « J’ai trois élèves en prison en ce moment »

C’est avec une franchise désarmante qu’Assétou Ouattara, Inspectrice de la Garde de Sécurité Pénitentiaire et Directrice de la Maison d’Arrêt et de Correction (MAC) de Pô, a pris la parole devant les lycéens. Loin du discours institutionnel convenu, elle a choisi la vérité brute. « Ce n’est pas un secret : j’ai actuellement trois élèves à la maison d’arrêt, en classes de troisième, seconde et première, incarcérés pour des faits liés à la drogue », a-t-elle révélé, visiblement émue.

Assetou Ouattara, Directrice de la Mac Pô. DR/ André Yameogo – Burkina Yawana

« En tant que mère, j’ai beaucoup de peine quand je reçois des jeunes de cet âge dans cet état. » Son message aux élèves présents a été direct et concret : trois mois de détention suffisent à salir un casier judiciaire et à fermer des portes pour toute une vie professionnelle. « Vos parents vous ont mis à l’école pour que vous les preniez en charge un jour. Ne les décevez pas. Écoutez les conseils et vous deviendrez ce que vous souhaitez », a-t-elle insisté.

Le censeur Boukary Kaboré : « Refuser la drogue, c’est choisir la réussite »

Représentant le directeur de l’établissement, le censeur a tenu à saluer le choix du lycée provincial comme cadre de l’activité, rappelant que l’école est à la fois un lieu de savoir et un espace de construction de soi.

Boukary Kaboré, Censeur du lycée. DR/ André Yameogo – Burkina Yawana

« C’est ici que se forgent les ambitions, les valeurs et les projets d’avenir », a-t-il déclaré, avant d’alerter sur la menace que représente la drogue pour cet environnement.

Altération des capacités intellectuelles, fragilisation de la santé, décrochage scolaire, marginalisation : les conséquences énumérées sont sans appel. « Chers élèves, vous avez des rêves, des talents et des potentiels immenses. Ne laissez pas la drogue détruire vos ambitions. Refuser la drogue, c’est choisir la réussite, la liberté et la vérité. »

Les forces de l’ordre passent à la démonstration

Le sergent-chef Dabré Oumar, de l’unité anti-drogue basée à Pô, a apporté une dimension technique et pédagogique à la journée. Devant les élèves, il a présenté les différentes catégories de substances illicites : drogues d’origine naturelle, produits de synthèse, boissons frelatées, amphétamines et autres substances de rue.

Les différents types de drogue présentes aux élèves. DR/ André Yameogo – Burkina Yawana

Les conséquences, a-t-il martelé, sont multidimensionnelles. Sur le plan scolaire : baisse des résultats et risque d’exclusion. Sur le plan sanitaire : troubles psychiatriques, cancers ou cirrhoses. Sur le plan pénal : des peines d’emprisonnement allant de 2 à 10 ans et des amendes pouvant atteindre 10 millions de francs CFA.

Serge-chef Oumar Dabré. DR/ André Yameogo – Burkina Yawana

Pour mieux ancrer le message, les substances ont été présentées physiquement aux élèves. L’agent a également rappelé l’existence de dispositifs de signalement discrets pour dénoncer les réseaux de vente. Son conseil : « Occupez utilement votre temps libre par le sport ou la lecture, car l’oisiveté est la porte d’entrée vers la dépendance. »

Le basculement d’un destin : Wed Hyack

Ancien étudiant à l’Université de Ouagadougou, titulaire d’une maîtrise en sciences économiques et auteur d’un album sorti en 2003, Yacinthe Ouédraogo, alias Wed Hyack, incarne à lui seul toute la brutalité du basculement. En 2006, alors que sa carrière musicale prenait son essor, il fait la rencontre du cannabis.

Yacinthe Ouédraogo, artiste et anciens usager de la drogue qui donne son témoignage. DR/ André Yameogo – Burkina Yawana

Ce qui suit, il le décrit comme une dégradation lente et inexorable. En perdant pied avec la réalité, il a vu ses diplômes et son talent artistique s’effacer derrière l’addiction.

Aujourd’hui, il utilise son histoire non pas comme une fatalité, mais comme un bouclier pour la jeunesse, prouvant que si l’on peut revenir de loin, le plus sûr reste de ne jamais commencer.

« Il faut que ça s’arrête. On ne peut pas continuer ainsi, comme si on n’apprenait rien de nos erreurs », a-t-il lancé avec gravité. Son appel final à la jeunesse est sans appel : « Divorcez de cette substance. Elle nous éloigne de notre avenir et de nos objectifs. »

Le promoteur, Youssouf Sawadogo, s’est réjoui de l’importante mobilisation des élèves et de la qualité des échanges. Pour lui, la participation active du public – notamment à travers les nombreuses questions posées – témoigne de la réception du message et prouve que la sensibilisation porte ses fruits. Il a réaffirmé sa détermination à poursuivre la caravane afin de préserver les jeunes de ces substances dangereuses.

Youssouf Sawadogo dit Oskimo, Promoteur de la caravane. DR/ André Yameogo – Burkina Yawana

La journée s’est clôturée par des prestations artistiques, portées par Wed Yac, Mery et Djoski, unissant ainsi l’art et la prévention dans un même élan. Cette étape au lycée provincial de Pô marque la seconde et dernière séquence de la 19ème édition de la caravane « Jeune Propre Sans Drogue » (Oskimo Tour) dans la région. Après la maison d’arrêt en matinée, c’est le milieu scolaire qui a été sensibilisé l’après-midi : deux publics distincts, mais un seul et même fléau à combattre.


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