Le ballet diplomatique observé à Cotonou ce dimanche 24 mai 2026 lors de l’investiture du nouveau Président élu du Bénin fera date. Contre toute attente, les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont répondu présents. Entre salutations fraternelles, décrispation politique et impératifs sécuritaires, ce déplacement marque peut-être le début d’une nouvelle ère dans les relations entre le Sahel et le littoral.
Des salutations fraternelles qui brisent la glace
L’image a rapidement fait le tour des réseaux sociaux et des chancelleries. Les hauts représentants de l’AES ont fait le déplacement côte à côte dans les tribunes officielles à Cotonou pour saluer le nouveau chef de l’État béninois. Pour les observateurs avertis, le niveau de cette représentation est tout sauf anecdotique. La délégation sahélienne affichait un visage de premier plan avec la présence remarquable de Karamoko Jean-Marie Traoré, ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso, d’Abdoulaye Diop, ministre des Affaires étrangères du Mali, ainsi que de Lamine Zeine, Premier Ministre du Niger.
Après des mois de tensions frontalières, de blocages économiques (notamment autour du pipeline Niger-Bénin) et de rhétoriques enflammées par médias interposés, ce déplacement ressemble à une main tendue collective. À Cotonou, l’ambiance était aux salutations fraternelles et au respect des protocoles républicains, prouvant que la diplomatie sahélienne sait allier fermeté idéologique et pragmatisme de bon voisinage.
L’appel de Cotonou : Face au terrorisme, l’union sacrée ?
Le point d’orgue de cette journée a sans doute été le discours d’investiture du nouveau Président béninois. Conscient des réalités géopolitiques et de la porosité des frontières face à l’insécurité grandissante qui frappe le nord de son pays, le chef de l’État béninois a lancé un appel vibrant à la coopération régionale. « J’invite nos pays voisins à unir leurs forces pour faire face à la menace terroriste. C’est ensemble, et seulement ensemble, que nous parviendrons à pacifier notre espace commun », a déclaré Romuald Wadagni.
Cet appel résonne comme un aveu de réalisme : impossible de feindre d’ignorer l’AES ou de la contourner lorsque l’on partage des centaines de kilomètres de frontières avec le Burkina Faso et le Niger, deux États en première ligne de cette guerre asymétrique.
Quel avenir pour l’axe Cotonou-AES ?
Pour le Burkina, le Mali et le Niger, cette invitation et ce discours légitiment une fois de plus leur approche : la question sécuritaire ne peut plus être traitée avec les vieilles recettes de la CEDEAO, mais par une collaboration bilatérale et franche, d’égal à égal.
Si les sourires et les poignées de main à Cotonou ont réchauffé l’atmosphère, le plus dur reste à faire. Les populations de l’AES et du Bénin attendent désormais des actes concrets à travers la réouverture totale et sécurisée des frontières pour le commerce, une coordination militaire accrue le long de la zone des trois frontières et du parc W, ainsi que la fin définitive des suspicions mutuelles concernant l’hébergement de forces hostiles.
Le Bénin ouvre un nouveau chapitre de son histoire politique, et il semble avoir compris qu’il ne pourra pas l’écrire en tournant le dos au Sahel.
La Rédaction de Burkina Yawana

Votre commentaire