Pourquoi le nouveau Président du Bénin visite aussitôt l’AES ? 

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L’ère des tensions frontalières, des invectives médiatiques et des blocus économiques stériles de l’époque de Patrice Talon semble bel et bien s’essouffler à Cotonou. À peine investi à la tête du Bénin, le nouveau président Romuald Wadagni – ancien grand argentier du pays et technocrate reconnu pour sa rigueur – choisit de bousculer radicalement l’agenda géopolitique de la sous-région. Après un premier arrêt stratégique chez le géant nigérian, c’est directement vers le Niger et le Burkina Faso qu’il oriente ses premiers pas diplomatiques. Pour Burkina Yawana, cette visite n’est pas un simple protocole, mais un acte de réalisme économique et sécuritaire qui liquide l’héritage politique de son prédécesseur pour s’aligner sur la réalité incontournable de l’Alliance des États du Sahel (AES).

La fin du dogmatisme, place à la Realpolitik

Sous la présidence de Patrice Talon, les relations entre le Bénin et les Etats du Sahel avaient atteint un point de non-retour, marqué par la crise du pétrole nigérien, des accusations réciproques de déstabilisation et la fermeture punitive des frontières. Cotonou s’était alors aligné de manière dogmatique sur les positions dures de la CEDEAO, au détriment direct de ses propres intérêts nationaux.

Romuald Wadagni, en homme de chiffres et de pragmatisme, fait aujourd’hui le constat lucide que le Bénin ne peut pas prospérer en tournant le dos à son arrière-pays naturel. En réservant ses toutes premières visites officielles à l’AES juste après le Nigeria, le nouveau chef de l’État pose un acte de rupture symbolique majeure. Il tourne définitivement la page de l’affrontement pour proposer un nouveau contrat basé sur le respect mutuel, la reconnaissance des souverainetés et l’intérêt partagé des peuples.

L’impératif sécuritaire : Le terrorisme ignore les frontières

La clé de voûte de ce déplacement historique demeure sans conteste la coopération militaire. Le nord du Bénin, notamment la zone stratégique des parcs nationaux W et Pendjari, subit une pression croissante des groupes armés terroristes qui exploitent la porosité des frontières avec le Burkina et le Niger. Le constat de Romuald Wadagni est sans appel : la stratégie d’isolement et l’attente d’une hypothétique force multinationale calquée sur les agendas occidentaux ont totalement échoué. Pour sécuriser le territoire béninois, il faut impérativement coopérer avec ceux qui se battent quotidiennement sur le terrain, à savoir les armées de l’AES. Ces pays du Sahel qui se battent pour leur indépendance et leur souveraineté. Cette visite vise à poser les fondations concrètes d’un partage de renseignements en temps réel, de patrouilles coordonnées et d’un droit de poursuite transfrontalier. Le nouveau président béninois intègre enfin l’idée que la sécurité de Cotonou se joue en grande partie à Ouagadougou et à Niamey.

L’économie et le Port de Cotonou : Le nerf de la guerre

Le pragmatisme de Romuald Wadagni est aussi profondément dicté par l’urgence économique. L’asphyxie du Port Autonome de Cotonou, privé du transit des marchandises vers le Niger et le Burkina Faso, a coûté des centaines de milliards de francs CFA aux caisses de l’État béninois. Face au blocus passé, le Niger a intelligemment réorienté ses flux vers Lomé au Togo, tout comme une grande partie du commerce burkinabè.

Pour relancer la machine économique béninoise, le pouvoir de Cotonou doit impérativement ramener les opérateurs économiques de l’AES vers ses corridors. Il s’agit d’une démarche pragmatique de courtier de la prospérité où le Bénin offre l’accès à la mer, tandis que l’AES apporte son marché dynamique et ses vastes ressources.


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