Édito : Que vient faire un navire de guerre français aux portes de l’AES ?

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Pendant que les peuples du Sahel s’émancipent, pansent leurs plaies et bâtissent dans la douleur mais avec fierté leur souveraineté retrouvée, certains de nos voisins semblent encore chercher le réconfort dans les bras de l’ancienne puissance coloniale.

Par la rédaction – Burkina Yawana 

L’annonce par l’État-Major des armées béninoises de l’arrivée du porte-hélicoptères amphibie français « Le Mistral » dans les eaux de Cotonou du 22 au 27 octobre résonne comme un anachronisme brutal. Une question s’impose à tous les peuples de la sous-région : que vient faire un navire de guerre français aux portes du Sahel ?

Officiellement, Cotonou et Paris nous servent le refrain bien rodé des « manœuvres navales de routine », du « renforcement de l’interopérabilité » et de la « lutte contre la piraterie dans le Golfe de Guinée » dans le cadre du dispositif CORYMBE. Un discours policé qui peine à masquer une réalité géopolitique beaucoup plus troublante.

Le timing interpelle. Cette escale militaire intervient au lendemain de la visite à l’Élysée du président Romuald Wadagni. Malgré sa tournée de prise de contact et ses tentatives de rassurer les leaders de l’Alliance des États du Sahel (AES), les actes posés sur le terrain contredisent violemment les paroles d’apaisement. Comment prétendre vouloir entretenir des relations de bon voisinage et de confiance avec le Niger, le Burkina Faso et le Mali tout en offrant une vitrine et un point d’ancrage opérationnel à une armée française poussée vers la sortie par ces mêmes peuples ?

Pour Niamey et l’ensemble de l’espace AES, la méfiance n’est pas une paranoïa : elle est le produit d’une vigilance légitime. Les accusations récurrentes de tentatives de déstabilisation orchestrées depuis des bases arrière régionales ne peuvent être balayées d’un revers de main quand, dans le même temps, un monstre d’acier capable de projeter des troupes, des hélicoptères et des blindés vient s’amarrer à quelques kilomètres seulement des frontières sahéliennes.

L’Histoire s’accélère en Afrique de l’Ouest. D’un côté, l’AES incarne une rupture doctrinale irréversible, prônant des solutions endogènes et un partenariat d’égal à égal dénué de tout paternalisme. De l’autre, certains gouvernements côtiers continuent de miser sur la tutelle sécuritaire française pour assurer leur protection.

En accueillant Le Mistral, le Bénin ne fait pas qu’accueillir un navire de guerre : il apporte sa pierre à la ligne de fracture qui divise aujourd’hui notre espace sous-régional. La sécurité du Golfe de Guinée et du Sahel ne se construira pas avec les armes de ceux qui ont entretenu le désordre, mais par la solidarité africaine. Il est temps que chacun choisisse son camp : celui de la vraie souveraineté ou celui des illusions coloniales.


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